Iran ancien
Élamites

Suse

Au pied du plateau iranien et à l’extrémité orientale de la plaine mésopotamienne, sur les rives du Choaspe (actuel fleuve Kerkha) qui se jette dans le golfe Persique, Suse se trouve à la confluence des courants culturels de la Babylonie et de l’Iran. L’occupation du site de Suse couvre plusieurs périodes distinctes.

La Suse pré-élamite

Les strates inférieures du tell de l’Acropole attestent de la présence d’une civilisation entre l’an 4000 et 3400 avant notre ère. Suse devient un important centre commercial et les fouilles ont mis à jour un grand nombre de tablettes de comptabilité, des sceaux et même des statuettes en marbre de cette époque. Cette période prend fin assez soudainement (2800-2300 av. J.-C.). Vers 2300 av. J.-C., Suse est annexé par l’empire sémite d’Akkad. Suse connaît alors une période de prospérité et de paix.

L’Empire élamite

Sous l’empire élamite (2000 à 500 av. J.-C.) dont elle sera la capitale, Suse va connaître sa plus grande période de gloire, particulièrement au XIIe siècle av. J.-C., après la conquête de Babylone par les Élamites. Un impressionnant trésor sera alors ramené à Suse de Babylone, dont le « code d’Hammourabi », des statues de victoire des rois d’Akkad et des chartes royales. A la fin du XIIe siècle siècle sous le règne de Nabuchodonosor Ier, Babylone prendra sa revanche et Suse sera pillée et incendiée. Pratiquement rien n’est connu des quatre siècles suivant la destruction de Suse mais il semblerait que la ville se soit relevée et qu’elle ait vécu une nouvelle période de prospérité. En 639, Suse est prise, pillée, et en grande partie détruite par Assurbanipal ; la population est déportée en Assyrie.

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© Jean Savaton
Suse : colonne de l’Apadana.

La Suse achéménide

Sous les Perses achéménides, Suse va connaître une nouvelle période de gloire. Dès 521 ou 520 avant J.-C., Darius Ier décide d’en faire sa capitale politique, diplomatique et administrative. Sa position géographique est très favorable car la ville se trouve à mi-chemin environ entre Babylone et Pasargades, à un carrefour des grandes voies de communication. Suse fait l’objet d’embellissements tout au long du règne de Darius, et Artaxerxès II y rajoute un nouveau palais au sud.

Alexandre s’en empare en 331 : il y aurait découvert 50 000 talents   d’or. Sous les Séleucides, elle est rebaptisée Séleucie de l’Eulaeos et les objets retrouvés sur place suggèrent une certaine hellénisation de la ville. A l’époque parthe, Suse prospère sous le nom de Séleucie-de-l’Eulaeus, mais elle se dépeupla sous les Sassanides et ne semble pas avoir souffert de la conquête arabe.

Le site

De 1884 à 1896, les époux Dieulafoy mettent à jour une partie du palais de Darius et découvrent les célèbres frises de brique émaillée dites « des lions » et « des archers », aujourd’hui conservées au Louvre. Les véritables fouilles archéologiques commencèrent à la fin du XIXe siècle avec Jacques de Morgan et se poursuivirent jusqu’à la révolution iranienne de 1979 avec des équipes françaises (de Mecquenem, Ghirshman, Perrot).

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© Photo R.M.N
Suse : griffon en briques émaillées du palais de Darius.

Le site se présente comme un très vaste tell que l’on peut diviser en quatre grandes aires : le palais de Darius Ier au nord, l’Acropole, ancienne ville royale des Élamites à l’ouest, la Ville royale au sud et la Ville des artisans à l’est. L’acropole était le site de la ville royale élamite mais les fouilles y ont révélé également des couches stratigraphiques néolithique, proto-élamite, achéménide, parthe et sassanide. La cité royale était entourée d’un glacis et d’un large fossé que remplissaient les eaux du Chaour. Les habitations populaires devaient s’étaler dans la plaine alentour où elles n’ont laissé que peu de traces : à l’époque, la population de la Susiane était probablement semi-nomade ; dès le printemps hommes et troupeaux se mettaient en mouvement vers le plateau iranien où ils résidaient jusqu’à l’automne.

Le palais de Darius Ier

En raison de la proximité géographique de la Mésopotamie, le palais de Darius et de son fils Xerxès en a subi une certaine influence architecturale, perceptible dans le plan général, et décorative, utilisation de la brique moulée à glaçure et thèmes iconographiques néo-babyloniens (lions, griffons, taureaux ailés).

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Suse : maquette du palais de Darius.

La cité royale achéménide s’étend sur 13 hectares. Le palais de Darius fut construit sur une terrasse en partie artificielle ; le seul chemin d’accès - une rampe qui menait à la porte de Darius - était situé à l’est. Cette porte monumentale était flanquée de part et d’autre d’une statue, dont une seule, sculptée en Égypte et représentant Darius a été retrouvée (Musée de Téhéran).

Une vaste esplanade carrelée séparait la porte du palais proprement dit. Celui-ci était composé d’une série de cours alignées sur le même axe et flanquées, à l’ouest de salles plus petites qui constituaient peut-être les appartements du roi, à l’est de l’apadana, très vaste salle hypostyle   de 36 colonnes surmontées de chapiteaux en forme d’animaux dos à dos. Trois des côtés de l’apadana ouvraient sur des portiques à colonnes.

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Suse : reconstitution de l’apadana.

Les tablettes de fondation retrouvées sur le site indiquent l’origine des artisans et la provenance des matériaux qui servirent à édifier le palais. Édifié par la grâce d’Ahura-Mazda, les pièces étaient décorées d’or, d’argent, de lapis-lazuli, de turquoise, de cornaline, d’ivoire, de bois de cèdre et d’ébène. Toutes les satrapies de l’empire avaient contribué à sa réalisation.

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© Jean Savaton
Suse : palais de Darius.

Les tailleurs de pierre venaient de Sardes, les orfèvres étaient des Mèdes et des Égyptiens, les Égyptiens travaillèrent le bois, les Babyloniens façonnèrent les briques cuites. Des Mèdes et des Égyptiens ornèrent les murs. Les poutres en cèdre venaient du Liban, l’or venait de Sardes et de Bactriane, le lapis-lazuli et la cornaline de Sogdiane  , la turquoise de la Chorasmie, l’argent et l’ébène de l’Égypte, le décor mural d’Ionie, l’ivoire d’Éthiopie, le bois de Yaka de Kerman et du Gandhara, la pierre des colonnes de l’Elam.


 



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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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