Monde Grec
Grèce classique
Les Cités grecques
Sparte

Sparte

« Les Spartiates prospérèrent en temps de guerre, mais connurent le déclin dès qu’ils atteignirent une position de suprématie ; ils ne comprirent pas ce que signifiait "vivre en temps de paix" et n’attachèrent aucune importance à une autre forme d’entraînement qu’à l’entraînement à la guerre » [1].

Sparte est la capitale de la Laconie, dépression à fond plat au sud-est du Péloponnèse, encadrée par une chaîne de montagne à l’ouest et des collines à l’est,dominée par une haute montagne, le Mont Taygète. Les Anciens l’appelaient Lacédémone, dont le nom désigne à la fois la cité et l’État spartiate, le nom de Sparte étant plutôt employé en référence à la cité seule. Lacédémoniens et Laconiens sont donc synonymes. La distinction entre Sparte et Lacédémoniens qui apparaît clairement dans le discours de Démarate à Xerxès [2] disparut rapidement et on employa le terme de Lacédémoniens (Lakedaimonioi) y compris dans les traités officiels [3].

Brève histoire

La cité fut probablement fondée vers le IXe siècle. Contrôlant davantage de territoire que n’importe quelle autre cité en Grèce, Sparte soumet la Messénie après vingt ans de lutte (première guerre de Messénie, 735-715) et contraint ses
habitants à devenir ses hilotes et à lui livrer la moitié de leurs productions agricoles. Dès lors, sa principale rivale sera la cité d’Argos pour la possession de la plaine de Thyréatide. En 669, à la bataille d’Hysiaï, Argos défait Sparte et les Messéniens en profitent pour se révolter (deuxième guerre de Messénie qui aurait duré trente ans), mais sont à nouveau soumis par leurs suzerains. Prenant cette rébellion pour un avertissement, les Spartiates restructurent leur système politique afin de s’assurer qu’une telle menace ne surgira plus jamais. Il en ressort un État totalitaire et militaire doté d’un seul objectif : former les meilleurs guerriers de toute la Grèce.

Sparte constitue la ligue du Péloponnèse et établit des contacts avec Crésus en Lydie, Amais en Égypte et avec les Scythes. Au VIe siècle, la tradition en fait l’ennemi de toutes les tyrannies. En 545, Sparte défait Argos à la bataille des Champions. Il semble dès lors que Sparte ait visé à l’hégémonie sur l’ensemble du Péloponnèse, hégémonie qu’elle conserva jusqu’aux Guerres Médiques. En 470, la majorité des cités d’Arcadie ainsi qu’Elis et Argos s’allièrent contre Sparte mais furent battues (465). En 464, Sparte subit un violent tremblement de terre qui selon Plutarque [4] détruisit entièrement la ville et où les irènes furent tous tués dans le gymnase qui s’écroula sur eux. Les hilotes profitèrent du séisme pour se révolter et cette rébellion dura près de 10 ans.

Après sa victoire à l’issue de la guerre du Péloponnèse, Sparte resta la seule puissance dominante et développa une politique hégémonique. Il suffira pourtant d’une seule sévère défaite à Leuctres (371) pour l’abattre avant que ne commence la longue décadence du IVe siècle. Malgré les efforts tardifs d’Agis IV, de Cléomène ou de Nabis, Sparte ne pourra jamais retrouver sa puissance.

Originalité de Sparte

Contrairement à Athènes, les sources historiques sur Sparte sont très rares en dehors des auteurs anciens qui comme Plutarque (qui écrit près de 500 ans après les faits relatés), Aristote, Thucydide ou Xénophon nous en renvoient une image presque caricaturale, d’où l’impression d’un mirage spartiate. Sparte nous apparaît comme une cité archaïque, dominée par un esprit conservateur, refermé sur lui-même, aux mœurs rudes. Elle ne produit ni grand artiste, ni grand écrivain, ni grand savant. Mais dans la Grèce antique, Sparte était révérée et il y eut toujours d’influents groupes pro-spartiates à Athènes. Il y eut des Grecs (puis des hommes à toutes les époques par la suite) pour lesquels Sparte fut une société idéale. Elle fut pour eux le modèle de la société close, admirée par ceux qui rejetaient une société ouverte, l’acceptation du démos comme force politique, la reconnaissance de la dignité et des droits de l’individu.

Les Spartiates, conservateurs et repliés sur eux-mêmes, considéraient les Athéniens, cosmopolites et permissifs, avec suspicion et mépris. Comme Sparte ne pratiquait pas l’usage de la loi écrite, elle était régit par des normes et usages collectifs, ce qui laissait un grand pouvoir d’appréciation aux éphores et entraînait un certain conformisme.

Certes, Sparte intervint au-delà de ses frontières et en dehors du Péloponnèse. Elle reçut même le commandement suprême pendant la deuxième guerre médique, mais elle était en dehors du grand mouvement intellectuel du monde grec. Sparte hésita longtemps entre l’isolationnisme et l’hégémonie sur le monde grec, hégémonie que lui permettait la supériorité de son armée et son contrôle de la ligue du Péloponnèse qui lui permirent de dominer le Péloponnèse pendant près de deux siècles et d’être à plusieurs fois la plus puissante des cités de Grèce.

Les arts et lettres n’étaient pas totalement négligés mais peu de monuments ou de sculptures sont dignes d’intérêt dans la cité même si les Spartiates produisirent de beaux objets en bronze à la période archaïque. Selon Xénophon, il y avait un théâtre à Sparte. Les Spartiates étaient célèbres pour leur éloquence brève et sentencieuse (laconisme) et leurs bons mots. La musique et le chant étaient présents dans la vie du citoyen-soldat ; les hoplites avancent au combat au chant des flûtes, des lyres et des cithares ; ils chargeaient en chantant l’embatérion, ils remerciaient les dieux de la victoire en entonnant le péan. Si Sparte n’a pas donné naissance à des poètes, elle accueillit volontiers ceux qui venaient de l’étranger.

Comme dans toute la Grèce antique, l’esprit religieux était très présent à Sparte, une religion où la superstition tenait une grande part : on sait ainsi qu’à la bataille de Marathon, les Spartiates arrivèrent en retard parce qu’ils avaient refusé de se mettre en marche avant la pleine lune [5].



[1Aristote, Politique, livre II.

[2Hérodote, VII, 234.

[3Thucydide, I,18 ; I,23 ; V,77.

[4Plutarque, Vie de Cimon, 16,4-5.

[5Hérodote, VI, 106.

 



Accueil | Plan | Crédits

   Creative Commons License

Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
2005-2017 © Clio la Muse