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La Thrace

Dans l’Antiquité, la Thrace correspondait à un territoire englobant toute l’actuelle Turquie d’Europe, le sud de la Roumanie, la Bulgarie, et le nord-est de la Grèce jusqu’au Danube. Les Thraces étaient installés dans la région depuis le IIe millénaire. Ils sont mentionnés comme alliés des Troyens dans l’Iliade. Hérodote les mentionne comme "le peuple le plus nombreux de la terre après les Indiens". Les Thraces sont également mentionnés chez Thucydide, Eschyle, Euripide, Platon, Xénophon et Ovide.

Pour les Grecs, la Thrace représentait une contrée nordique d’où était issu Borée, le vent glacial qui avait ravi Orithye, dont il eût deux fils, Jason et Orphée. La région passait aussi pour être la patrie du poète Musée et l’une des terres d’élection d’Arès et de Dionysos.

D’après les linguistes, les Thraces sont un des peuples indo-européen les plus anciens. Durant la période mycénienne qui correspond au récit d’Homère, la société thrace est déjà organisée autour de rois ou de prêtres anonymes comme en témoignent les trésors retrouvés à Panayot Hitovo et Kazitchéné. La Thrace était aussi appelée Brébycie et les Thraces, Brébyces.

Les Grecs regroupaient sous le nom de Thraces différents peuples habitant le Nord de la Grèce et s’étendant jusqu’au Danube, comme les Gètes, les Trauses, les Triballes, les Crestoniens. Les Odryses étaient installés sur le cours inférieur de la Maritsa ; les Besses en occupaient le cours supérieur et le versant septentrional des Rhodopes ; les Odomantes, Edones et Sintes vivaient en Thrace égéenne ; les Mésiens occupaient l’actuelle Bulgarie et les Gètes la Dobroudja.

Ces royaumes étaient dirigés par des familles dynastiques, où seuls les rois étaient itinérants, s’appuyant sur une aristocratie et un peuple de cavaliers sédentaires, paysans libres vivant dans des collectivités territoriales organisées. La capitale du royaume était temporaire, elle était là où le roi siégeait, généralement dans une résidence fortifiée comportant un sanctuaire. Les Odryses avaient constitué un royaume prospère sur les bords de la mer Noire dont Seuthopolis était la capitale. La ville fut édifiée suivant une tradition urbanistique grecque tout en conservant l’usage mycénien d’un palais royal lui-même fortifié au sein de la cité.

L’exploitation minière et la métallurgie firent l’objet d’un essor certain et l’orfèvrerie atteignit déjà des sommets. Les villes principales étaient Abdire, Salmydesse et Nicopolis.

Aux VIIe-VIe siècle av. J.-C., les Grecs installent des colonies sur les rives de la Mer Noire et de la mer Égée : Odessos (Varna), Messembria (Nessebar), Apollonia (Sozopol), Dionysopolis (Baltchik). Les Perses soumettent la Thrace de 513 à 479 av. J.-C. mais avec la fin des Guerres Médiques, la Thrace du sud passa sous domination d’Athènes. Athènes y avait fondé la cité d’Amphipolis. De 424 à 410 av. J.-C., une succession de rois dirigent la Thrace : Seuthès Ier, Amadoc, Seuthès II, Hebrizelmis et Kotys Ier. Ce dernier s’empare des colonies athéniennes de Chersonèse  . Au milieu du IVe siècle av. J.-C., Philippe II soumet la Thrace et fonde la cité de Philippopolis (Plodiv). C’est Lysimaque qui recevra la Thrace en héritage après le décès d’Alexandre. En 11 apr. J.-C., Rome réprime la révolte des Besses et plus tard divise la région en deux provinces, la Mésie (15 apr. J.-C.) et la Thrace (45 apr. J.-C.)

Barbares bornés et mal dégrossis aux yeux des Grecs, l’aristocratie thrace des royaumes besse et odrysse entretient pourtant depuis le Ve siècle av. J.-C. des contacts avec le monde grec. Les caractères grecs y furent utilisés pour transcrire des inscriptions en langue thrace ou pour matérialiser les accords conclus. Les Thraces utilisaient des objets de luxe de fabrication ou d’inspiration grecque. A environ 200 kilomètres de Sophia, les fouilles archéologiques d’une véritable nécropole royale (220 tumulus attribués aux Gètes et aux Odrysses) ont permis de mettre à jour de nombreux objets d’orfèvrerie et une abondante vaisselle (rhytons  , phiales) d’or et d’argent ainsi que le tombeau du roi Seuthès III (tumulus de Goliamata Kosmatka). Les sites de Rogozen et de Borovo en Bulgarie ont livré eux-aussi de très beaux artefacts traduisant une influence artistique d’origine scythe. Un très beau vase en argent du trésor de Rogozen était recouvert de l’inscription grecque « Kotys, fils d’Apollon ».

La réputation de combattants des Thraces perdurera jusqu’à l’époque romaine, où le terme thrace désignait l’un des types de gladiateurs (Spartacus était à l’origine un prince thrace).


 



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Dernière mise à jour : 21 décembre 2014
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