Asie Centrale
Kouchans

Toprak Kale

Site archéologique fouillé par les Soviétiques (mission de Tolstov) entre 1945 et 1950. Il ne date probablement pas de l’époque kouchane et il est vraisemblable que le site atteignit son apogée un peu après leur disparition. Le monument le plus remarquable y est un magnifique palais du IIIe siècle qui a livré un très riche matériel dans lequel Tolstov [1] refuse de voir la moindre influence grecque et la moindre influence iranienne et considère qu’il s’agit d’un style original qu’il nomme scytho-sarmate.

Le Palais

Le palais, érigé dans l’angle nord-ouest de la ville, est un bâtiment fortifié aux proportions monumentales. Le corps central du logis s’élève à 16 mètres, et trois tours dressent leurs toits en terrasses jusqu’à une hauteur de 25 mètres. Soit en tout plus de 100 salles, disposées sur trois étages et couvrant plus de 6.000 m2. Ces salles ont fourni une abondante récolte de restes de nourriture (noyaux de fruits, céréales, ossements d’animaux ). Elles contenaient encore des fragments de vases et même quelques vases entiers de la fin de l’antiquité d’une exécution très fine, des fragments de tissu (coton, lin, soie), des restes de chaussures en cuir, des plaques de ceintures dorées avec incrustations de verre.

Les peintures

L’ornementation des murs de la salle N°5 est somptueuse : des bandes croisées noires et jaunes, décorées de cœurs, de rosettes, de feuilles d’acanthe   forment des losanges, à l’intérieur desquels sont représentés des musiciens. L’un, presque intact, montre un harpiste. L’exécution, dans l’arrondi des épaules, dans l’ovale du visage, tout évoque les traditions artistiques des Kouchans et du Gandhara. Deux autres fragments de figures féminines, découverts dans la même salle, évoquent l’art syro-égyptien, et aussi le nord de la Mer Noire à l’époque romaine. Ainsi les fresques d’une même pièce relèvent de deux traditions totalement différentes et donnent naissance à un art nouveau.

La décoration n’est pas moins originale que la peinture. Les motifs ornementaux sont très variés : végétaux, motifs géométriques, guirlandes, feuilles, rosettes, cœurs, croix aux bouts recourbés en forme de cornes de bélier, cercles, spirales, bandes ovales de perles violettes sur fond noir, lignes droites ou ondulées... Outre ses points communs avec les fresques des catacombes de Kertch, cette décoration apparaît surtout proche de l’ornementation des textiles des peuples contemporains de l’Asie Centrale : Ouzbeks, Tadjiks, Karakalpak, Kazakhs.

Les sculptures

Les statues, en argile recouverte de stuc, ont été trouvées, pour la plupart, dans la salle dite « des rois », vaste pièce située au nord-est du château. De petits murs transversaux en briques peintes formaient des niches, dont chacune contenait un groupe de statues. Ces statues étaient coloriées (visage, vêtements et ornements) par une peinture polychrome. Les visages sont traités avec beaucoup de réalisme, ce sont indubitablement des portraits d’une grande finesse pouvant soutenir la comparaison avec les meilleurs spécimens de la sculpture grecque tardive. Bien qu’influencé par l’art de l’école du Gandhara, le style est original.

Les murs derrière les statues étaient décorés de lys rouges et blancs sur un fond bleu foncé. Le rang des personnages figurés assis a pu être précisé grâce à leurs coiffures : ils portaient des couronnes identiques à celles qui figurent sur les monnaies représentant des rois. Curieusement, ces statues représentent, au détail près, les mêmes figures que celles retrouvées à Nisa dans la salle carrée. Il y a dans le traitement des animaux une étrange particularité : peints, ils sont plus petits que nature, sculptés, ils sont plus grands. Ceci a peut-être une signification religieuse.



[1S.P TOLSTOV, Le Kharezm Ancien, L’Orient Ancien illustré.

 



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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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