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La Libye antique

De la Libye égyptienne...

Les géographes anciens appelaient Libye tous les pays situés en Afrique. Le terme recouvre donc, soit le désert de l’actuel Libye, soit n’importe quel pays africain.

En égyptologie, le terme désigne la vaste étendue désertique qui s’étend à l’ouest de la vallée du Nil, depuis les confins du delta jusqu’à la Nubie. Par Libou, c’est-à-dire Libyens, les anciens Égyptiens référaient à différentes populations nomades – représentées avec une plume dans les cheveux – qui vivaient dans ce désert : les Tjéhénou sont cités dès la Ire dynastie, les Tjéméhou à partir de la IVe ; le nom des Meshouesh n’apparaît qu’au cours de la XVIIIe dynastie, à l’époque du pharaon Aménophis III.

Les Libyens menacèrent constamment l’Égypte et représentèrent un grave danger pour ce pays au cours des XIXe et XXe dynasties, notamment lorsqu’ils se coalisèrent avec les Peuples de la Mer. Vaincus par Ramsès III, ils commencèrent alors à infiltrer lentement la société égyptienne et, grâce à leurs qualités de soldats, firent rapidement carrière dans l’armée. Au cours de la Troisième Période intermédiaire, les Meshouesh parvinrent à conquérir le trône et dirigèrent le pays pendant les XXIIe et XXIIIe dynasties.

...aux comptoirs phéniciens...

Au seuil du premier millénaire avant notre ère, les Phéniciens se lancèrent à la conquête de nouveaux débouchés et de la Méditerranée. Les Phéniciens fondèrent plusieurs comptoirs à l’ouest de la Libye, sur les côtes de Tripolitaine qui devinrent permanents à la fin du VIe siècle et au Ve siècle av. J.-C. : Oea, l’actuelle Tripoli, Sabratha et Leptis.

Bientôt assujettis par les Carthaginois, ces trois comptoirs devinrent des villes florissantes qui firent commerce de l’huile d’olive et des richesses de l’Afrique venues par caravanes du Niger ou du Sahara : or, ivoire, esclaves, pierres précieuses, plumes d’autruche. Ils furent ensuite relayés par les Carthaginois qui fondèrent le comptoir d’Uiat.

...et à la colonisation grecque

Selon Hérodote, les habitants de Théra, l’actuelle Santorin, conseillés par la Pythie, émigrèrent en Libye pour échapper à la sécheresse qui sévissait sur leur île. Ils s’installèrent dans le djebel Akhdar, sur cette terre fertile et riche en troupeaux que leur avait prédite l’oracle. Leur premier soin fut d’y fonder une ville qu’ils baptisèrent Cyrène, en l’honneur de Kuréné, nymphe aimée d’Apollon, mais capable, dit la légende, de dompter à mains nues les lions et autres bêtes fauves.

Quatre villes nouvelles furent fondées successivement : Apollonia, Taucheira, Ptolémaïs et Euhespérides. Elles firent donner à cette région le nom de Pentapole, soit « la terre aux cinq Cités ». Par ces ports, toutes sortes de marchandises transitaient à destination de la Grèce ou des rivages méditerranéens du blé, des bovins, des chevaux, mais également le suphion, cette herbe qui ne poussait alors qu’en Cyrénaïque et dont les médecins grecs assuraient qu’elle guérissait tous les maux.

Ainsi Grecs et Phéniciens se partagèrent donc les côtes de l’actuelle Libye jusqu’à ce que Rome, au premier siècle avant J.-C., puis Byzance réunissent ces provinces sous une même autorité.

La Libye romaine

Les Romains appelaient Libyens les peuplades sauvages libico-berbères qui vivaient entre l’Égypte et Carthage. Parmi ceux-ci, les Garamantes doivent leur célébrité à leur mention par Hérodote. Passés maîtres dans l’usage du char attelé, ils furent certainement les pionniers du commerce transsaharien. Ce sont sûrement eux qui sont représentés sur les fresques du Tassili. A l’époque romaine, on les signale comme un peuple berbère sédentaire qui habitait les oasis du désert.

C’est en 46 avant J.C., que la Tripolitaine devint romaine, mais ce n’est qu’après la conquête de l’Égypte par Auguste, en 31 av. J.-C., et les débuts de l’Empire, qu’une assimilation réelle de ces nouveaux territoires africains se met à l’œuvre. Cette première phase   de prise en main se traduit par une urbanisation plus rationnelle des cités et l’établissement d’un système de défense mobile au sud du cordon côtier sécurisant l’activité économique du pays. Un siècle plus tard, sous les Antonins, une deuxième phase d’aménagement conduit à embellir de marbre le cœur de ces métropoles et à favoriser leur extension.

Le commerce s’intensifia et aux produits africains traditionnels s’ajoutèrent les animaux destinés aux cirques de l’empire. D’autre part, les grandes exploitations agricoles produisaient des céréales, du vin et de l’huile. Six siècles de domination romaine, et une politique de colonisation savamment menée firent de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque l’un des « greniers » de l’empire. Près du port de Sabratha tout un quartier possède encore des pressoirs et des bacs de décantation. L’huile d’olive de Tripolitaine, trop forte en goût, était exportée pour servir dans les thermes.

L’apogée de cette romanisation intervient au début du IIIe siècle. De grands propriétaires dotèrent leurs cités d’édifices publics de tout premier ordre. Chacune possédait un théâtre, un odéon   et, si elle était riche, un amphithéâtre et un hippodrome. Lorsque Septime Sévère devient empereur. L’empereur honorera sa ville natale, Leptis Magna, en faisant d’elle une vitrine somptueuse de la puissance et de la majesté impériales.

Rome avait exploré également les régions sahariennes, comme en témoignent les expéditions de Cornelius Balbus puis de Suetonius Paulinus, mais elle dut cependant renforcer le limes tripolitanus protégeant cette riche province des razzias des tribus garamantes.

La Libye byzantine

Lorsque l’empire s’affaiblit, la province libyenne devenue chrétienne dut faire face aux troubles engendrés par le développement des hérésies, en particulier le donatisme, associé au mouvement de révolte des circoncellions. Lorsqu’enfin Rome succomba sous les coups des « barbares », la Libye tomba également dans l’escarcelle des Vandales.

La prospérité de Leptis Magna et de Cyrène perdura jusqu’au partage de l’Empire romain entre les deux héritiers de Théodose. La désintégration de l’Empire d’Occident, laissant les provinces libyennes livrées à elles-mêmes, c’est-à-dire affaiblies économiquement et militairement, les tribus autochtones multiplièrent leurs incursions destructrices.

Déjà installés en Espagne, les Vandales profitèrent de ces troubles pour occuper Carthage en 439, puis la Tripolitaine tout entière. Partant de Cyrénaïque, Bélisaire, général de l’empereur d’Orient Justinien, reconquit la Tripolitaine en 533 après J.C. Les Byzantins réparèrent tant bien que mal certaines parties des villes ravagées et rétablirent, pour une courte période, un semblant de paix sociale ; stabilité dont témoignent le nombre et la magnificence des églises construites sous le règne de Justinien. Les Byzantins se maintinrent dans le pays jusqu’en 643, date de l’invasion arabe.

En 643, les conquérants arabes qui envahirent la Libye n’eurent aucun mal à soumettre un pays où l’autorité romaine n’avait pu être pleinement restaurée. Méprisées par des populations peu soucieuses de rompre avec leur nomadisme séculaire, les métropoles libyennes s’abandonnèrent alors au lent travail d’ensevelissement des dunes.


 



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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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