Arabie & Levant
Nabatéens

Le Monde nabatéen

Il ne s’agissait pas d’un royaume au sens administratif du terme mais beaucoup plus d’une zone d’influence comprise entre Damas au nord, Wejh (sur la côte de l’Arabie Saoudite actuelle) à l’est, El Ula au sud (au nord de l’actuelle Médine), jusqu’au delta du Nil au sud-ouest. Elle comprenait de rares zones fertiles, comme le plateau du Hauran et et essentiellement des territoires désertiques. Les sanctuaires religieux de Khirbet ed Dharih et Kirbet ed Tannur étaient englobés dans l’ensemble territorial.

De précieuses caravanes

L’installation des Nabatéens à Pétra ne correspond pas à la sédentarisation proprement dite d’une tribu auparavant nomade : les Nabatéens ne développeront jamais l’agriculture. La faiblesse des ressources naturelles (bitume du lac Asphaltique   essentiellement) de leur royaume les conduisit à se tourner vers d’autres activités. A l’origine pilleurs de caravanes, ils en devinrent propriétaires ou au moins les protecteurs. Ils prélevaient une taxe en échange de leur protection sur toutes les caravanes qui traversaient leur royaume et l’équivalent d’un droit de douane sur la valeur des marchandises. L’occupation du site de Pétra permettait surtout de disposer d’entrepôts sûrs et bien protégés.

Les Nabatéens disposaient d’un contrôle partiel, sur une partie des pistes qui sillonnaient la péninsule arabique. Ils devaient nouer des alliances avec des tribus nomades, comme celle des Qédarites. A l’occasion, ils installèrent des garnisons militaires comme à Hegra, limite sud de leur influence, où ils rentrèrent en contact avec d’autres tribus arabes. Leurs caravanes assuraient ainsi la jonction entre le golfe persique (Gerrha, Charax) ou la Mer Rouge et la Méditerranée (Sidon, Gaza). En Mer Rouge, Leukè Kômè n’était qu’un emporion : des navires y parvenaient par cabotage.

De Pétra, les caravanes repartaient vers l’Égypte ou les ports méditerranéens, en particulier Gaza, le grand port d’exportation des épices et du blé. Les Nabatéens ne se lancèrent jamais eux-mêmes sur les routes maritimes, selon Strabon, c’étaient au mieux des pirates occasionnels. Le relais maritime était assuré par des Grecs ou des Phéniciens. Les marchandises acheminées par bateau rejoignaient alors la Grèce où l’Italie. Toutefois, au travers de trésors monétaires retrouvés et de quelques témoignages littéraires, la présence des marchands nabatéens est aussi attestée en plusieurs points de la Méditerranée notamment à Sidon, Berytos (Beyrouth), Antioche, Chypre et même Pouzzoles.

De fait, les Nabatéens contrôlaient le commerce de l’encens et de la myrrhe en provenance de l’Arabia Felix, celui des épices (poivre), des aromates (principalement la cannelle), des bois précieux et des gommes aromatiques ou des animaux rares (singes et paons) en provenance de l’Inde. C’est à dire le monopole commercial sur des marchandises de grandes valeurs dont tout le bassin méditerranéen était fortement demandeur. Les profits considérables retirés de ce rôle d’intermédiaire expliquent l’enrichissement rapide des Nabatéens et les convoitises de leurs voisins. En retour, ils échangeaient du blé d’Égypte mais aussi des métaux précieux en monnaies, du verre et quelques produits manufacturés importés d’Alexandrie ou du monde égéen. Il est probable que ce commerce reposait en grande partie sur le troc.

La route vers l’Égypte

Au cœur du Néguev, les villes d’Oboda, d’Elusa et de Mampsis jouaient le rôle de carrefour des voies de communication entre Pétra et la Palestine, le Sinaï et l’Égypte.

Les Nabatéens acheminaient, via Pétra, ces marchandises rares et précieuses que réclamaient la vie fastueuse des Ptolémées. Pour atteindre Alexandrie, les caravanes nabatéeennes contournaient le delta en passant par le Sinaï. Pour faciliter les échanges, les Nabatéens mirent en place des emporium  . Des découvertes archéologiques attestent d’une installation nabatéenne sur le territoire même de l’Égypte ptolémaïque. Deux inscriptions nabatéennes ont été retrouvées à Tell el-Shuqafnya, à 28 Km à l’est d’Heroönpolis. Une véritable ville nabatéenne, contemporaine du début de l’Empire, a été découverte à Qasr-awît : elle comprenait des temples et des habitations.

Le désert du Sinaï regorge d’inscriptions nabatéennes (environ 4000 graffiti recensés) gravés sur des rochers dans les oasis, le long des pistes caravanières et auprès des hauts lieux. Certains historiens pensent même que les Nabatéens exploitaient des mines de cuivre et de turquoise dans le Sinaï, comme les anciens Égyptiens.


 



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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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