Arabie & Levant
Palmyre

La reine Zénobie

Un portrait flatteur

"Elle se disait descendue des anciens rois macédoniens qui régnèrent en Égypte : sa beauté égalait celle de Cléopâtre, et elle surpassait de bien loin cette princesse en valeur et en chasteté. (...) Zénobie était encore la plus belle des femmes. Elle avait le teint brun, les dents d’une blancheur éclatante, une voix forte et harmonieuse, et de grands yeux noirs, dont une douceur attrayante tempérait la vivacité. L’étude avait éclairé son esprit, et en avait augmenté l’énergie naturelle. Elle n’ignorait pas le latin ; mais elle possédait au même degré de perfection le grec, le syriaque et la langue égyptienne." [1]

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Tetradrachme à l’effigie de la reine Zénobie frappé à Alexandrie en 272.

Aucune représentation avérée de Zénobie n’a été retrouvée : on ne connaît de son visage que des effigies à l’avers des monnaies, mais il s’agit de représentation conventionnelle. C’est le portrait d’une femme mi-grecque, mi-arabe, qui a bénéficiée d’une éducation digne d’un noble romain. Elle avait étudié le grec avec le philosophe Longin, dont elle fit son conseiller. Elle comptait parmi ses amis l’évêque hérétique d’Antioche, Paul de Samosate. A sa beauté et son intelligence, elle alliait un caractère affirmé. Comme son mari Odeinat, elle appréciait les plaisirs de la chasse aux grands fauves (lions, panthères, ours) et n’hésitait pas à mener les campagnes militaires à la tête de son armée.

Elle haranguait la foule à la manière des empereurs, casque en tête et revêtue de pourpre". Aurélien écrivit à son sujet : "Ceux qui disent que j’ai vaincu qu’une femme ne savent pas quelle femme elle était, à quel point elle se montrait rapide dans ses décisions, persévérante dans ses projets et énergique face aux soldats." [2]

Un règne brillant

Zénobie était aussi une femme d’ambition. Son caractère et sa destinée n’est pas sans rappeler Cléopâtre. Elle régna de 266/67 à 272 apr. J.-C. Elle fit exécuter l’assassin de son mari. Zénobie revendiqua la double titulature de son défunt mari, mais le sénat romain répugna à lui accorder en raison de la rumeur qui l’accusait d’être le commanditaire du meurtre d’Odeinat, tant son appétit du pouvoir était visible. La reine Zénobie chercha à affirmer très tôt son indépendance en profitant de l’affaiblissement de l’empire romain de nouveau malmené par les invasions des Goths, des Francs et des Alamans.

En 268, à la tête de son armée, composée d’archers et de méharis, elle partit envahir l’Égypte en se prétendant descendante de Cléopâtre. Dans les faits, il s’agissait de contrôler le commerce venant des Indes par la Mer Rouge alors que les Sassanides étaient maîtres de l’Arabie. En 271, son armée s’empare d’Antioche. Désormais, Zénobie dominait la Syrie et l’Orient : les provinces romaines d’Arabie, d’Arménie et de Perse lui ayant fait allégeance.

Poursuivant son œuvre de mise en place d’une monarchie indépendante de l’empire romain, elle se montrait elle-même vêtue de la pourpre impériale tout en adoptant parallèlement les usages pratiqués par les monarques orientaux : cour fastueuse, adoration du monarque de son vivant. Elle se faisait appeler « illustrissime reine » puis prit le titre de Septimia Zenobia Augustiaen 272 après ses conquêtes territoriales. Ses trois fils reçurent une éducation romaine afin de les préparer à l’administration du royaume. Elle fit frapper à Alexandrie des pièces de monnaie à son effigie et à celle de son fils aîné Wahballat.

Le siège de Palmyre

Probus reprit l’Égypte en 271. Dès 272, Aurélien entreprit sa campagne d’Orient. Il affronta les Palmyriens sous les murs d’Emèse  . La légion romaine vint facilement à bout des archers et de la cavalerie fortement cuirassée mais trop lourde face à une infanterie de vétérans rodés à la manœuvre. La défaite de Zénobie fut quasiment totale. Ses alliés l’abandonnèrent et elle s’enferma dans Palmyre.

Aurélien entreprit un siège en règle qui fut long et difficile. Palmyre était très bien protégée par ses murailles et les assiégés disposaient de terribles machines de guerre qui crachaient du pétrole enflammé sur les assaillants. Dans ce désert, le ravitaillement de ses troupes était un souci permanent pour Aurélien qui finalement marchanda, avec l’or pris à Emèse, la protection des caravanes d’approvisionnement par les Bédouins qui jusque là les pillaient sans crainte. Il proposa à Zénobie une capitulation avantageuse qu’elle refusa, comptant sur le secours de Sapor, roi sassanide. Cette aide n’arriva qu’au cinquième mois de siège mais la légion romaine, disciplinée et aguerrie, mit facilement en fuite ces renforts. Dans le même temps, Probus revenant d’Égypte, vint renforcer le camp romain.

Face à ce revers, Zénobie s’enfuit de Palmyre et se réfugia dans la forteresse d’Halabiye au bord de l’Euphrate. En voulant passer chez les Sassanides, la cavalerie légère romaine l’intercepta à l’automne 272. Palmyre se rendit peu après. Aurélien assura la vie sauve à ses habitants tout en confisquant les équipements militaires (chevaux, chameaux, armes) ainsi qu’une immense quantité d’or, d’argent, de soies et de pierres précieuses.

Fin de Zénobie

La force de caractère de Zénobie ne résista pas à la défaite : elle fit porter la responsabilité de sa révolte sur le dos de ses conseillers pour sauver sa tête que réclamaient les légionnaires. Dans la joie de son triomphe et contrairement à l’usage qui voulait que jamais Rome n’épargnât ses ennemis, Aurélien, fit grâce de la vie à la reine de Palmyre. Zénobie figurera, chargée de chaînes d’or, dans le cortège triomphal d’Aurélien qui eu lieu en 273 ou 274. Il se contenta de lui fixer Rome pour résidence. Il voulut que sa personne fût entourée des égards dus à son rang, défendit à quiconque d’insulter son infortune, car les malheurs qu’elle avait subis suffisaient à la châtier. Il lui accorda même une villa princière à Tibur ou à Tivoli, près de l’ancien palais d’Hadrien, et une pension qui lui permit de vivre décemment.

Zénobie aurait ainsi pu finir ses jours comme une paisible dame romaine dans ce luxe qu’elle aimait tant et où elle retrouvait ses habitudes de Palmyre. Mais elle se lassa vite de son inaction forcée et se laissa séduire entrainer dans un complot fomenté par quelques sénateurs.
Mis au courant quelques heures avant que le crime ne soit perpétré, Aurélien ordonna aussitôt l’arrestation de tous ceux qui avaient voulu attenter à sa vie, qui furent immédiatement mis à mort. Quant à Zénobie, après avoir été laissée sans nourriture pendant plusieurs jours dans sa prison, elle fut étranglée par des esclaves. Son corps n’eut point de sépulture.



[1E. GIBBON, Histoire du déclin et de la chute de l’empire romain

[2TREBELIUS POLLION & FLAVIUS VOPISCUS, Histoire d’Auguste.

 



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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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