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Ougarit

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© Jean Savaton
Ugarit : la poterne sud.

Le site du tell de Ras Shamra en Syrie a été identifié grâce aux travaux de Claude Schaeffer comme celui de l’ancienne ville d’Ougarit, capitale d’un royaume de l’âge du bronze récent, attesté dans la littérature biblique et dans des tablettes cunéiformes du IIe millénaire av. J.-C. Les vestiges actuels sont principalement ceux de la ville du IIe millénaire.

Histoire

Des sondages stratigraphiques ont montré que le site fut constamment occupé du VIIe millénaire jusqu’à la fin du Ier millénaire avant J.-C., au moment où la ville est connue sous le nom d’Ougarit. Entre les grands empires hittite, assyrien et égyptien, cette cité-État connut une période prospère, grâce au commerce international. La cité est alors peuplée d’une forte majorité de Cananéens, mêlée de quelques éléments hourrites. Un artisanat intense (métallurgie, poterie, teinturerie...) s’y développa. Au IIe millénaire, Ougarit connaît sa plus grande extension urbaine.

C’est un royaume fertile où se développent les cultures de céréales, de la vigne, de l’olivier et l’exploitation forestière. Cependant, sa prospérité repose essentiellement sur sa position géographique, car par voie terrestre Ougarit constituait au IIe millénaire le point de rencontre entre la Mésopotamie et la Méditerranée. La flotte d’Ugarit ne compta pas moins, aux époques fastes, de cent cinquante navires, dont certains déplaçant plus de 500 tonnes. Son port lui permet de commercer avec l’Égypte, Chypre, la côte levantine et l’Anatolie. Des contrées plus lointaines, lui arrivent l’ambre d’Europe centrale ou de la Baltique, l’ivoire d’Inde ou d’Afrique, le lapis-lazuli d’Afghanistan.

Au XV-XIVe siècle av. J.-C., Ougarit est sous l’influence du Mitanni avant de passer brièvement sous influence égyptienne avant de rejoindre définitivement l’orbite hittite. Mais, vers 1180 av. J.-C., cette prospérité est anéantie par l’invasion de ceux que les textes égyptiens appellent les « Peuples de la mer ». La ville et son palais royal sont incendiés. Le site est définitivement abandonné et ne connaîtra pas de nouvelle occupation humaine, si ce n’est un petit établissement hellénistique.

Le palais royal

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© Jean Savaton
Ugarit : le palais.

Construit en plusieurs étapes entre le XVe et le XIIIe siècle, il atteint presque 7000 m2 dans sa dernière phase. Le palais royal est orienté face à la mer. Il comporte une centaine de pièces groupées autour de cours à ciel ouvert. Les appartements royaux se situaient à l’étage et donnaient sur un vaste jardin intérieur. Une nécropole occupe le sous-sol d’une enfilade de pièces située au nord du bâtiment. Des annexes se situaient à l’intérieur du complexe palatial, au sud - bâtiments de stockage, puits destinés à alimenter en eau le palais - et au nord - un temple, et probablement une salle de banquet.

Le palais a livré de nombreuses archives particulièrement intéressante pour la connaissance de la vie économique du royaume et de sa politique étrangère. Ces tablettes sont rédigées en ougaritique.

Les temples

Le point culminant de la ville est dominé par deux temples, construits de part et d’autre de ce qui a été reconnu comme étant la maison du grand prêtre qui a livré de nombreuses tablettes relatives au mythe de Baal et un lot d’armes en bronze. L’un était consacré au dieu Baal, protecteur du royaume, l’autre probablement à Dagan. Chacun se trouvait dans un enclos, avec un autel extérieur. Construits selon le même schéma, ils se présentaient comme des temples-tours, munis d’escaliers permettant d’accéder à un étage, puis à une terrasse, où se déroulaient probablement des cérémonies. Ces temples, juchés au sommet de la ville, devaient se voir de fort loin quand ils étaient encore debout et l’on devait voir de la mer. Les navigateurs, comme les caravaniers, repéraient ainsi la ville à distance et s’orientaient plus facilement.

La ville

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© Jean Savaton
Ugarit : la cité.

De nombreuses maisons privées ont été également mis au jour par les fouilles. Il s’agit de résidences de dimensions variées, certaines très grandes, comme la résidence de Yabninou (« palais sud »), qui s’étend sur plus de 1000 m2, mais la plupart de dimensions plus restreintes, alignées le long d’un réseau de rues permettant de circuler dans les divers quartiers de la ville. Les occupants de certaines maisons ont pu être identifiés, lorsque des tablettes cunéiformes mentionnant leur nom ont été retrouvées dans les ruines.

Un grand nombre d’habitations possédait en sous-sol une tombe voûtée en encorbellement  , ce qui traduit une certaine opulence. L’analyse des vestiges permet de reconstituer presque toute l’élévation et de restituer partout un étage qui abritait la vie domestique des familles, tandis que le rez-de-chaussée était consacré à l’entrée, au stockage et aux activités liées à l’eau. Certains bâtiments comportaient aussi des locaux commerciaux et des boutiques.

Un des accès principaux pour la population se situait par une poterne au sud de la ville, où la voie franchissait un petit cours d’eau à l’aide d’un pont, dont une pile a été retrouvée encore en place. Un système de barrage, fait de poutres empilées contre les piles de ce pont, permettait de constituer une réserve d’eau pour les habitants.

Découvertes archéologiques

La diversité des objets trouvés et des noms connus grâce aux textes découverts traduisent le cosmopolitisme de la ville. Le site d’Ougarit doit une grande part de sa célébrité aux tablettes cunéiformes qui y ont été trouvées, tant dans le palais que dans certaines résidences privées. Vers 1360-1330 av. J.-C., les habitants de Mari inventent une écriture alphabétique dont on a retrouvé un abécédaire, le plus ancien connu à ce jour. Les textes retrouvés sont rédigés huit langues selon cinq systèmes d’écriture mais la plupart des tablettes sont rédigées en akkadien. Ces 5 000 tablettes et fragments évoquent surtout les relations administratives, les transactions commerciales et diplomatiques entre les rois et les fonctionnaires du royaume d’Ougarit et leurs correspondants étrangers (hittites, égyptiens, chypriotes, levantins) mais elles transcrivaient aussi des récits mythologiques et des textes littéraires.

Les fouilles du palais royal et des maisons privées ont livrées de nombreux objets en ivoire d’éléphant ou d’hippopotame (panneaux de lit, sculptures, olifant, boîtes à fard, figurines...) de la vaisselle en or (rhytons  , gobelets à représentations divines) et des stèles gravées.
Les vases d’importation (mycéniens, chypriotes, minoens) sont fréquents et d’une grande diversité de formes : vases commerciaux (jarres et flacons), céramique domestique (bols, coupes...) ; il en existe aussi en pierre (basalte, stéatite, albâtre  ), en faïence ou en métal (or, bronze).

Les artisans bronziers d’Ougarit produisaient en grand nombre des armes (épées, poignards), des bijoux (bagues, pendentifs), des outils (haches, couteaux, aiguilles), des poids (dont certains en forme d’animaux). Certains objets étaient plaqués or : un taureau, deux statuettes divines main droite levée, une divinité féminine, et surtout un dieu assis, coiffé d’une tiare égyptienne.


 

Portfolio

Jarre monumentale - Ougarit (c) Jean Savaton Ugarit : tombe souterraine. (c) Jean Savaton Ugarit : ancre d'un navire. (c) Jean Savaton Ugarit : stèle de Baal au foudre. Ugarit : coupe en or représentant une scène de chasse. (c) Photo R.M.N Bas-relief représentant une déesse - Ivoire - Ougarit.


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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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