Asie Mineure
La Lycie

Xanthe

Brève histoire

Capitale de la Lycie située sur le fleuve Xanthos (Esen), près de Koca Cayi, à 8 kilomètres de la mer, sur un éperon rocheux dominant la plaine. Les traditions diffèrent quant à son origine : selon les uns elle aurait créée par Sarpédon, héros qui combattit aux côtés d’Hector, selon d’autres elle serait l’œuvre d’un dénommé Xanthos, un Crétois ou un Égyptien. Les premières fondations remontent au VIIIe siècle. Son nom apparaît dans les inscriptions lyciennes et sur les pièces de monnaie sous la dénomination d’Arnna.

Vers 540 la cité fut assiégée par les Perses menés par Harpage. Après une défense héroïque, les Xanthiens détruisirent par le feu leurs biens, leurs familles et leurs serviteurs avant de se faire massacrer dans une sortie ultime et désespérée. Seules 80 familles absentes lors du siège survécurent. Athènes apporta son soutien à la reconstruction de la cité. Les relations commerciales et culturelles entre les deux cités étaient très développées comme l’attestent les nombreux fragments de céramiques attiques retrouvés sur place. Xanthe était membre de la ligue attico-délienne
mais par la suite les deux cités s’opposèrent. Les traces d’un important incendie qui du avoir lieu entre 475 et 470 av. J.-C. ont été retrouvées : la période correspond au passage des armées de Cimon qui s’empara des cités lyciennes et cariennes avant d’affronter les Perses.

Après cette destruction, la cité est reconstruite et l’acropole fut entourée d’un mur. Elle passa sous domination macédonienne, lagide, séleucide, rhodienne puis retrouva son indépendance en 168 av. J.-C. Elle domina alors la confédération lycienne. En 42 av. J.-C., Brutus vint y chercher des soldats et de l’argent pour lutter contre Octave et Antoine mais la ville lui résista malgré un siège très meurtrier qui détruisit l’acropole. Antoine participa à la restauration de la ville dès 41. Son soutien à Rome contre Mithridate lui apporta en retour une certaine indépendance. Au Ier siècle apr. J.-C., les habitants élevèrent un arc de triomphe à Vespasien. La ville prit une certaine importance à l’époque byzantine comme siège épiscopal.

A l’époque classique, la cité était entièrement comprise dans les fortifications. Les murs, construits d’après un système polygonal, furent par la suite et avec de nouvelles techniques, soit reconstruits, soit réparés. Par endroits, les murs étaient renforcés de tours. Pendant les époques hellénistique et romaine, la ville se développa au-delà des murs et une nouvelle enceinte fut construite, englobant l’acropole romaine. Cette enceinte fut améliorée sans interruption jusque vers les dernières années de Xanthe.

Les tombes à pilier

L’originalité des vestiges archéologiques de Xanthe réside surtout dans des tombes à pilier hautes de plusieurs mètres. Les différents piliers de Xanthe traduisent une évolution architecturale. On peut observer les formes initiales d’architecture locale, puis un nouveau style apparait créé par l’addition d’éléments orientaux (Pilier au Lion). L’influence grecque transparait dans le Monument des Harpies, dans le Pilier Inscrit et dans le Pilier de l’Acropole.

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© Jean Savaton
Monument des Néréides (British Museum).

Le Monument des Néréides

C’est vers 380 av. J.-C., qu’un souverain de Xanthe nommé Arbinas se fit élever ce tombeau spectaculaire en marbre, couvert de bas-reliefs. Le monument visible sur place est une copie, l’original est conservé au British Muséum. La valeur du monument des Néréides provient autant des détails de ses éléments décoratifs que de l’habileté nécessaire dont il fallut faire preuve pour sa réalisation. Le monument était entouré d’une rangée de colonnes ioniques qui le faisait ressembler à un temple grec. Sa cella   comprenait quatre lits funéraires.

Entre les colonnes, étaient placées douze statues féminines, les « Néréides », représentées avec des manteaux gonflés par le vent marin, qui accompagnaient le mort aux « îles des Bienheureux ». Sur le fronton, on pouvait admirer le couple dynastique et des scènes d’enlèvement mythique sur les acrotères. Sur le soubassement se trouvaient quatre rangées de frises qui décrivaient des scènes de guerre. A l’intérieur du monument, sur le mur du naos  , il y avait des scènes de la vie des Lyciens travaillées dans un style purement ionique  . Les scènes de sacrifices, de banquets après la victoire, de chasse au sanglier et à l’ours attiraient particulièrement l’attention.

Le Monument des Harpies

Ce monument domine le théâtre romain et l’acropole lycienne. Il est sculpté dans le célèbre calcaire gris-bleu de Xanthe. La hauteur totale de ce monument est 8,46 mètres. Le soubassement était formé d’un pilier monolithe dans la partie supérieure duquel la chambre funéraire fut sculptée. L’entrée de cette chambre se faisait par une ouverture dans la façade ouest. Des frises décoraient le pourtour de la chambre funéraire, seule celle qui fut transportée au British Museum était en marbre, un moulage remplace aujourd’hui l’original. Ces frises, qui peuvent être datées de 480-470 av. J.-C., sont d’inspiration ionienne.

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Théâtre de Xanthe avec à l’arrière plan le Monument des Harpies et le Sarcophage monté sur Pilier.

Sur la frise nord se trouve un personnage barbu revêtu de ses habits de deuil et tenant un long bâton dans la main gauche ; il prend un casque d’un homme situé en face de lui. Celui-ci tient un bouclier d’une main et une épée sous le bras. Sous le siège du personnage assis se trouve une énorme bête et sur la droite, une femme âgée. Cette composition se complète par deux sirènes ailées transportant de jeunes figurines.

Sur les frise ouest, on remarque deux femmes assises face à face sur un trône tenant une grenade dans une main. Devant le personnage de droite se tiennent trois jeunes filles portant un diadème sur la tête. L’une d’entre elle fait une révérence, la deuxième tend une grenade et la troisième un œuf. Au-dessus de la porte d’entrée, on remarque une vache allaitant son veau.

La frise sud ressemble à celle de la façade nord : un personnage assis au centre offre une grenade de la main droite. Devant lui se tient un enfant qui tient un oiseau par les ailes. Comme sur la frise du nord, on distingue deux sirènes.

La frise orientale est très endommagée. On y remarque cependant des personnages. L’un a une fleur dans une main et un sceptre dans l’autre. Devant lui se trouve un enfant qui lui présente un coq et derrière lui, un personnage s’appuie sur un grand bâton avec un chien à ses côtés. A l’extrême gauche, les deux derniers personnages sont en deuil, l’un tient une grenade à la main et un autre objet non identifié.

Le Sarcophage monté sur pilier

Situé juste à côté du pilier des Harpies, ce monument est entièrement construit en calcaire local. Ce monument est unique en son genre dans toute la Lycie, ce qui ne facilite pas sa datation. Le pilier n’est pas monolithique mais il est composé de gros blocs bien taillés. Ce travail fin et soigné du pilier, sa forme carrée, l’utilisation d’un socle à la place du soubassement laissent à penser qu’il date du IVe siècle av. J.-C.

Sur ce pilier, qui mesure plus de 3 mètres de hauteur, est posé un chapiteau   à trois degrés d’environ 1 mètre de hauteur sur lequel repose le sarcophage. Celui-ci présente une composition de style archaïque. La chambre funéraire est décorée de bandes verticales et horizontales. Ces motifs sont l’imitation de décorations normalement effectuées sur le bois. Sur le côté le plus étroit de la chambre funéraire, on remarque deux trous imitant de fausses portes. Il est vraisemblable que le sarcophage ait été déplacé postérieurement sur un pilier plus ancien.

Le couvercle ogival du sarcophage ne possède pas de poutre faîtière. La partie longue est décorée de saillies sculptées de têtes de lions. Du fait que le sarcophage ne possédait pas de porte, on a déduit que le défunt fut déposé dans le sarcophage avant que le couvercle ne soit refermé. On n’a rien trouvé à l’intérieur mais il a sans doute été pillé dans l’antiquité.

Le Pilier aux Lutteurs

Ce pilier se dressait à proximité du monument des Harpies. Un relief découvert dans ce monument funéraire est aujourd’hui exposé au Musée Archéologique d’Istanbul. Ce relief porte le nom de « Bloc des Lutteurs » et date de 525 av. J.-C.

Sur la face non travaillée du bloc subsiste un mortaise qui prouve qu’un autre relief devait y être, attaché, sur la droite. Sur la partie lisse du bloc se trouvent quelques scènes qui illustrent une cérémonie funéraire. On y remarque quatre personnages : sur la côté gauche, on voit deux lutteurs prêts à combattre et sur la droite, deux personnages dont l’un est un musicien qui tient une lyre à la main et l’autre tient un objet dans chaque main. Les lutteurs sont juste au début du combat, comme l’indique leurs mains qu’ils viennent de poser sur la nuque l’un de l’autre et le le fait qu’il y ait beaucoup d’espace entre eux. Ce genre de scène, qui est d’origine orientale, se rencontre aussi dans l’art grec.

Le Pilier au Lion

Ce pilier, un monolithe de près de 3 mètres de hauteur est la seule partie subsistant entièrement sur place. Sa partie supérieure était décorée d’une frise, celle-ci ainsi que le sarcophage qui se dressait au sommet du pilier sont conservés au British Muséum. Avec la frise, le monument complet atteignait près de 4 mètres. A en juger par les frises et le type du pilier, on peut assurer que ce monument fut construit dans le deuxième quart du VIe siècle av. J.-C.

La façade orientée vers l’est du sarcophage était décorée de la silhouette d’un lion allongé, un taureau entre les pattes. La frise nord représente un cavalier suivi d’un serviteur ; un guerrier armé leur tourne le dos. La frise ouest représente un lion couché entouré de ses trois lionceaux. Enfin, la frise sud, très endommagée, représente un homme assis dans un fauteuil près d’une porte et d’un dompteur qui retient un lion. A l’extrémité droite de cette frise, apparaît la tête d’un taureau renversé à terre par un lion.

Le Pilier Inscrit

Au sommet de ce pilier se trouvait la statue d’un personnage assis. Les quatre façades portent des inscriptions en lycien mais sur le côté nord, on remarque le résumé en grec d’un texte qui chante, dans un style oriental, la victoire de Khéréi vers la fin du Ve siècle av. J.-C. Ce chef lycien est par ailleurs connu grâce à son effigie sur des pièces de monnaie. Le texte lycien, plus long, faisait sans doute les éloges du dynaste et de ses ancêtres sous la forme d’annale historique.

La chambre funéraire fut construite, non pas en creusant le haut du pilier mais en assemblant des blocs de pierre préparés spécialement à cet effet. Ces blocs étaient montés sur le pilier par un système de tenons et mortaises. A la base des quatre angles se trouvent des protomes de taureaux en saillie. De la frise du nord ne subsiste qu’un bloc d’angle où l’on distingue le profil d’un personnage.

A l’angle nord-ouest de la façade ouest se trouve une partie du corps d’un guerrier. Une courte lance oscille dans les airs et à l’angle sud-ouest du pilier, trois guerriers semblent s’échapper vers la droite. Au milieu de la frise de la façade sud, un personnage de haute taille se dirige à grands pas vers la gauche. Il porte tunique et cuirasse et pourrait fort bien représenter un dynaste. A ses pieds se trainent deux ennemis. Derrière la tête du deuxième vaincu, six boucliers symbolisent le triomphe du guerrier.

Les Sarcophages

Le Sarcophage dit des Danseuses

Par son influence hellénistique, il peut être daté de la seconde moitié du IVe siècle av. J.-C. Les danseuses représentées sont en fait la même jeune femme montrée à deux phases différentes d’une danse rituelle. Elle porte un calathiscos sur la tête.
La longue façade ouest du sarcophage est décorée d’une scène de chasse (un sanglier, un chasseur à cheval et un chasseur à pied). La façade présente une scène de guerre composée d’un guerrier vainqueur, debout sur un des mufles de lion, tournant le dos à deux cavaliers, dont l’un est renversé et l’autre en fuite.

Le Sarcophage de Payava

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© Jean Savaton
Xanthe : sarcophage de Payava (British Museum).

On lui donna d’abord le nom de « Tombe au cheval » puis « Tombe au charriot ailé ». Les reliefs furent emportés au British Museum. La hauteur totale de ce monument était de 7,85 mètres. Son couvercle est du style caractéristique des sarcophages lyciens, c’est à dire ogival. Il mesure 3,10 m de longueur et 1,86 m de largeur.

Il s’agit sans doute du plus beau et du plus grand sarcophage de la période lycienne classique : sa décoration est abondante et variée, elle traduit des influences grecques et perses.

Sur les deux façades de la longueur, deux mufles de lions font saillie. Chaque façade ogivale est divisée en quatre panneaux par deux bandeaux en forme de croix : deux en haut, deux en bas. Les compartiments supérieurs comportent deux sphinx assis sur leurs pattes arrières. Les compartiments inférieurs sont différents sur chaque face mais « symétriques » : sur la façade ogivale sud, le premier compartiment représente un homme appuyé sur un bâton tandis que le second figure une femme assise accompagnée d’un enfant ; sur façade ogivale nord, l’homme et la femme sont assis et l’enfant debout.

Sur la façade de l’est, une scène représente la victoire de Payava : on y aperçoit quatre cavaliers et un char de guerre transportant le cocher, et un homme plus âgé portant un casque sur la tête et un bouclier dans la main gauche. Sur la façade ouest se trouve une scène de chasse.
Le nom de Payava apparaît juste au centre du soubassement en haut d’une scène de bataille. Payava et trois autres cavaliers se dirigent vers le camp ennemi composé de fantassins. Une autre sculpture représente une scène d’audience avec le satrape Autophradates : deux officiers perses, en vêtements typiques, se tiennent derrière le satrape tandis que devant celui-ci et Payava, les habitants de Xanthe sont habillés à la grecque. Sur l’étroite façade nord, une personne âgée habillée en civil couronne un athlète nu.

Tous ces épisodes sont typiques des sarcophages de l’époque, ce sont des représentations symboliques de la victoire. Qu’il aille à la guerre ou à la chasse, le héros triomphe toujours de l’adversaire. On peut également y voir une évaluation symbolique : l’avancée du char devient promesse d’une immortalité bienheureuse.

Le Sarcophage de Méréhi

La décoration générale de ce sarcophage rappelle celle du sarcophage de Payava. Les façades ogivales présentent le même découpage en compartiments, les supérieurs étant là aussi décorés de sphinx. Sur une face de la poutre faîtière, on peut admirer une scène de guerre tandis que l’autre face présente un banquet et des scènes de la vie domestique.

Sur l’un des compartiments du bas de l’une des façades deux personnages, un homme barbu et une femme, se font face. Il est difficile de lire les scènes des compartiments du bas de l’autre face car elles sont très endommagées. Une scène de chasse à la panthère et aux chimères orne le couvercle. L’utilisation d’éléments végétaux est une autre caractéristique originale de ce sarcophage.

Le Sarcophage aux Lions terrassant un Taureau

Ce sarcophage est le plus ancien de Xanthe. C’est une construction très simple. La chambre funéraire est surélevée sur le soubassement creusé dans le rocher en formant des degrés.

Sur la façade du soubassement, un taureau gît entre deux lions. Ce motif représente la force et la vaillance du vainqueur. On peut interpréter la victoire des lions sur le taureau comme le symbole de celle des hommes sur leurs ennemis. Ce genre de scène était fréquemment représenté sur les pièces de monnaie d’Asie Mineure.

Sur le couvercle, les deux côtés de la poutre faîtière sont décorés de petits personnages et les petites façades ogivales du couvercle sont ornés de sphinx assis sur les pattes de derrière. Sur l’une des façades longues du couvercle, on peut voir une scène de chasse au sanglier ; sur l’autre façade est sculptée une scène de banquet. Ces scènes symbolisent elles aussi la victoire car le sanglier, est un animal nuisible qui ravage les champs.

Autres monuments

Les monuments les plus intéressants de la ville se dressent de part et d’autre de la voie principale qui s’étend du nord au sud. A l’ouest de cette voie se trouvent l’acropole lycienne, le théâtre et l’agora  , à l’est le Monument des Néréides et le centre de la ville.

Passant sur les pentes de l’acropole romaine et traversant la ville d’est en ouest, une autre voie importante liait l’agora et la magnifique place, dallée de pierres, à l’est de la ville. En outre cette voie reliait les terrasses naturelles, qui s’étendent à environ 70-80 mètres de hauteur, où l’on trouvait une autre agora, un gymnase et plus tardivement deux basiliques byzantines.

La ville devait posséder trois portes principales. L’une d’elles est la porte hellénistique du sud qui ouvrait sur une voie dallée permettant d’accéder au Letôon et au port de Patara. Elle fut élevée sous le règne d’Antiochos III entre 197 et 190 av. J.-C.
Une autre porte devait se trouver au nord dans le même axe que la porte du sud. La troisième porte était au nord-est.

Les vestiges du théâtre romain s’étendent juste à côté des deux grands monuments funéraires. La cavea   a conservé quelques gradins dans la partie inférieure. Au IIe siècle, afin de reconstruire le théâtre détruit par un violent tremblement de terre, Opramoas de Rhodiapolis fit don à Xanthe d’une importante somme d’argent.

L’agora romaine de la ville se situe juste au nord du théâtre. Elle est entourée sur ses quatre côtés de portiques à colonnes et possède plusieurs entrées. Elle aurait été construite au IIIe ou IVe siècle apr. J.-C.


 

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Monument des Néréides (détail). (c) Jean Savaton Monument des Néréides (détail). (c) Jean Savaton Monument des Néréides (détail). (c) Jean Savaton


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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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