Asie Mineure
La Lycie

Histoire de la Lycie

Des Lukkas...

Les Hittites du IIe millénaire av. J.-C. mentionnent un peuple inconnu, sur le rebord ouest de leur empire, près de la mer Egée, appelés les Lukkas. Le dernier roi hittite fait chez eux une campagne militaire au cours de laquelle il se rend à Ptara, Amna, Tlawa, Winawanda. Ces noms de lieux correspondent à plusieurs villes lyciennes bien connues : Patara, Arnna (plus connue sous son nom grec : Xanthe), Tlos, Oinoanda. Les Lukkas auraient fait partie des Peuples de la Mer.

De Lukkas, nous ne connaissons que leur nom, car les fouilles n’ont trouvé aucune trace matérielle de leur existence. On suppose que quelques-uns sont partis vers l’ouest puisque l’on retrouvera le même nom pour le dieu de l’orage, Tarchunt, chez les Hittites, chez les successeurs locaux des Lukkas et chez les Étrusques.

...aux Lyciens

Cinq cents ans plus tard, apparaît le peuple des Lyciens, dont le nom est certainement hérité de leurs lointains ancêtres du IIe millénaire. Selon Homère, les Lyciens furent alliés des Troyens pendant la fameuse guerre de Troie. “Moi-même, étant votre allié, je suis venu de bien loin ; lointaine est la Lycie, sur le Xanthe tourbillonnant, où j’ai laissé ma femme, un fils tout jeune, et ces biens nombreux que désire qui en manque” [1] proclamait leur commandant Sarpédon à la face d’Hector.

D’aucuns estiment que les Lyciens auraient d’abord été appelés Solymes et plus tard Termiles. Le poète grec Panyasis d’Halicarnasse qui vécut au Ve av. J.-C. affirme que les peuples de Tlos, Pinara et Xanthe étaient fils des nymphes Paxidike et Trémile. Selon Homère les Solymes étaient un peuple différent des Lyciens qui eux-mêmes se donnaient le nom de Termiles . L’étude de la langue lycienne montre qu’il s’agit une langue anatolienne, donc continentale, apparentée au hittite, langue dans laquelle le nom lycien se dit effectivement Trmmil.

D’après Hérodote, les premiers essais de colonisation grecque commencèrent au VIIe siècle av. J .C., dans la ville de Phaselis.
A cette époque, le territoire lycien dépendait plus ou moins de la souveraineté des Lydiens installés plus à l’ouest.

Au contact des comptoirs commerciaux grecs qui s’implantèrent sur la côte lycienne, les Lyciens développèrent une civilisation originale même si l’influence grecque est perceptible dans tous les domaines. Les Lyciens adoptèrent l’alphabet grec auquel ils rajoutèrent quelques signes : de fait, on peut lire le lycien - conservé grâce à de nombreuses inscriptions sur pierre - mais sa compréhension, malgré quelques inscriptions bilingues (lycien/grec), reste imparfaite.

L’influence de la civilisation grecque sera aussi marquante dans le domaine de la sculpture. Au début, faute de posséder une tradition artistique propre, les Lyciens feront venir des artistes de Grèce pour décorer les tombes de leurs rois, puis ils les imitèrent et passèrent maîtres dans cet art.

Vers la même époque, les Lyciens adoptèrent aussi les divinités grecques - ou plus précisément commencèrent à « moderniser » leurs divinités au moyen de noms et de légendes grecques : le vieux dieu anatolien Tarchunt fut assimilé à Zeus, les divinités indigènes des sources, les Elyanas se virent « rebaptisées » Nymphes, et leur sanctuaire proche de Xanthe reçut le culte de Léto.

Vers 546, la Lycie, comme toute l’Asie Mineure, est conquise par les Perses. L’occupation achéménide, qui dura deux siècles, fut une période calme et prospère. En fait les Perses laissèrent toute liberté aux villes lyciennes qui n’étaient obligées que de payer régulièrement leur tribut. En 480 av. J.-C., les Lyciens participèrent à la campagne de Xerxès contre la Grèce continentale et entrèrent en guerre avec 50 navires. Les Perses influencèrent grandement les arts. Les exemples les plus caractéristiques de cette influence sont les monuments des Harpies et des Nérëides de Xanthe, le Hérôon de Trysa et les tumuli proches d’Elmali.

La révolte, menée par le prince lycien Périclès, et lancée à la fois contre les Perses et contre les colonies grecques afin de recréer une confédération lycienne aboutit à la prise de Telmessos et le siège de Phaselis. D’après les monnaies de l’époque, le gouvernement de Périclès aurait duré de 380 à 362 av. J.-C. puis la Lycie passa ensuite sous la domination du roi Mausole d’Halicarnasse.

Période hellénistique

Après sa victoire à Granique en 334 av. J.-C., Alexandre envahit les régions égéennes puis méditerranéennes qui combattaient elles-mêmes les Perses depuis longtemps. De fait Alexandre ne rencontra de résistances qu’à Milet et à Halicarnasse. Lorsqu’Alexandre arriva en Lycie, des envoyés de Phaselis, de l’est et du sud-est de Lycie vinrent faire savoir qu’ils se rendaient. Telmessos signa un accord avec Alexandre, bientôt suivi de Xanthe, Pinara, Patara et d’autres villes de moindre importance. Dans leur ensemble, les Lyciens l’accueillirent comme un sauveur mais selon Appien, les habitants de Xanthe auraient tout de même résisté. De fait, les cités lyciennes perdirent leur autonomie car à l’exception de Phaselis aucune n’a frappé monnaie durant cette période L’hellénisation de la région était en marche. Elle se poursuivra sous la domination des Lagides, des Séleucides et de Rhodes  .



[1HOMERE, Iliade , chant V

 



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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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