Monde Grec
Troie

Heinrich Schliemann

Du rêve d’ un enfant...

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Portrait d’Heinrich Schliemann.

Fils d’ un pasteur protestant, Schliemann est né le 6 janvier 1822 à Neubokow. Schliemann fut dès sa plus tendre enfance attiré par les fables et les légendes qui couraient sur la région qu’il habitait. Son père, lui offrit un livre en cadeau pour la Noël de 1829. Sur l’ une des planches du volume, on pouvait contempler les palais de Troie pris d’ assaut et incendiés par les Grecs après dix longues
années de siège. Le petit Schliemann demanda où se trouvait cette ville fabuleuse et s’ informa de ce qui restait de ses merveilleux édifices. Son père répondit, un sourire aux lèvres, que Troie n’ avait jamais existé, qu’il s’ agissait là d’une légende inventée par Homère. "Non, protesta l’enfant. Un jour je retrouverai les restes de la cité de Priam !" Il semble bien pourtant que cette charmante
histoire soit purement imaginaire, élaborée par Schliemann lui-même, afin de se construire une légende quand ses découvertes le rendirent
très populaire.

En 1833, il est obligé d’ interrompre ses études en raison des modestes ressources familiales et il s’ engage comme garçon épicier. A dix-neuf ans, il s’embarque sur un cargo en partance pour le Venezuela et échappe de justesse à son naufrage. Il travaille quelques temps à Amsterdam comme huissier puis comme employé de la firme commerciale Schröder qui le nomme agent à Saint-Pétersbourg où à 24 ans il fonde sa propre affaire. Il développe rapidement un sens inouï des affaires : six ans plus tard son affaire couvre plusieurs pays européens et Schliemann s’ implante même aux États-Unis où il prend la nationalité américaine.

En 1858, il est riche et il songe à abandonner le commerce pour se dédier entièrement à son "vieux rêve d’ enfance" : retrouver les mondes oubliés de l’ époque homérique. Car parallèlement à son activité professionnelle, Schliemann a poursuivi des études en autodidacte. Particulièrement doué pour
l’apprentissage des langues étrangères, il apprend pratiquement toutes les langues européennes ainsi que l’ arabe, le grec classique et le latin. En 1863, il liquide toutes ses affaires commerciales et décide de se consacrer à son rêve d’ enfance. Ainsi, en 1868, il débarque à Ithaque pour tenter de découvrir les ruines du palais d’Ulysse.

...à la recherche de Troie

Après Ithaque, il se rend à Mycènes et à Tirynthe ainsi qu’en Crète et en Égypte mais c’est Troie qui l’intéresse. A l’époque les spécialistes hésitent à placer Troie entre deux sites : Hissarlik et Bournabashi. Homère était la Bible de Schliemann qui pensait que toutes les allusions topographiques contenues dans l’Iliade et l’ Odyssée devaient être prises pour argent comptant.

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Récipient à deux anses - Or 23 carats - Inv. Aar 4, Bz 291, P421.

Homère cite deux sources proches de la cité : l’une froide et l’autre chaude, or à Bournabashi il y en a 34 ! Dans L’Iliade, les Grecs et les Troyens, en combattant, se déplaçaient, même plusieurs fois dans la journée, de la cité de Priam au camp situé au bord de la mer où étaient ancrés les navires grecs or Bournabashi est à près de trois heures de marche de la mer. De plus, la colline d’Hissarlik séparait les cours du Scamandre et du Simoenta, exactement comme le décrit Homère. Arrivé sur place, Schliemann écrit : "Je ne dominait qu’ avec peine mon émotion face à l’immense plaine de Troie dont l’image de sept villes superposées avait peuplé les songes de mon enfance mais, à première vue, elle m’apparut trop longue et trop éloignée de la mer".

Mais c’est assurément la rencontre de Franck Calvert, consul britannique qui avait lui-même commencé quelque fouilles sommaires de repérage sur le site, qui décide définitivement Schliemann de concentrer
ses fouilles sur la colline d’Hissarlik. En 1871, Schliemann donne le coup d’envoi à la première des sept campagnes de fouilles qu’il mènera à Hissarlik durant vingt ans.

Une démarche controversée

La démarche adoptée par Schliemann durant ses fouilles n’ est pas très scientifique, mais courante pour l’ époque. Elle privilégie la recherche de beaux objets et néglige toute approche stratigraphique. Bien qu’il dispose d’un permis de fouille, Schliemann ne se distingue pas vraiment d’ un pilleur de tombes : Schliemann veut trouver Troie ! En creusant de profondes tranchées dans le soubassement, il a détruit des couches d’ histoire intermédiaires. Ses successeurs auront bien du mal à s’y retrouver dans cette succession de cités construites les unes sur les autres et dont l’ ordonnancement a été quelque peu chamboulé par cette approche peu orthodoxe. Mais l’ absence d’éléments de comparaison avec les objets découverts et l’ impossibilité de les rapprocher de la documentation fournie par d’ autres fouilles archéologiques sur des sites remontant à une période aussi reculée ne lui facilitèrent par la tâche.

De plus, Schliemann est un grand mystificateur et sa manière d’ agir nous apparaissent comme très contestables ; ses carnets de fouille sont sommaires et très imprécis ; Schliemann s’ attribue systématiquement la paternité des plus importantes découvertes alors qu’il n’ est pas toujours présent lors des fouilles ; ses démêlés avec les autorités turques, cette fâcheuse tendance à toujours faire les découvertes les plus importantes la veille de la fin des fouilles. Comme l’a bien montré David A. Traill, on peut relever de nombreuses incohérences
entre ses carnets de fouille et et les publications ultérieures destinées au public éclairé que Schliemann fera, à compte d’auteur, et qui connaîtront un grand succès populaire. L’épisode du « trésor de Priam » ne
fera qu’aggraver la sulfureuse réputation de celui qui demeure toutefois comme un grand nom de l’archéologie en raison de ses découvertes à Mycènes et à Troie.


 



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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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