Europe
Étrusques

La religion étrusque

"Les Étrusques sont en effet très attachés au culte des dieux ; on le voit surtout au faste avec lequel ils les honorent." [1]

Tous les auteurs antiques considéraient que les Étrusques détenaient une compétence particulière en matière de choses sacrées. Les découvertes archéologiques confirment cette impression et il est bien difficile de séparer chez les Étrusques ce qui relevait de la religion, de ce qui relevait de la civilisation tout court. C’est une religion qui présente quelques traits originaux.

JPEG - 27.1 ko
Tête de l’Hermès de Veiès (VIe siècle)

L’Etrusca Disciplina

Il s’agit d’un ensemble de textes sacrés étrusques, auxquels les Romains donnèrent ce nom, où étaient consignées les révélations divines. Il semble que chaque cité avait son propre ensemble de livres sacrés conservées par les familles aristocratiques. Il ne s’agit pas d’une révélation définitive, livrée par les dieux aux hommes une fois pour toute, mais d’une connaissance, de techniques d’interprétation. N’étant pas figée, la révélation n’est pas non plus immuable, elle sait s’adapter aux nouveaux évènements nés de l’évolution politique et sociale. Elle laisse aussi une large part à l’interprétation. Deux qualités qui lui offriront un succès durable, bien au-delà du seul monde étrusque géographique et temporel.

Ces textes décrivent les rapports que l’on doit entretenir avec le monde des dieux. C’est à Cicéron que l’on doit leur classement thématique. Il existait des livres divinatoires (libri haruspicini et libri fulgurales), des rituels (libri rituales), des guides de l’au-delà (libri acherontici) et des livres du destin (libri fatales). Comme leur nom l’indique, les
libri haruspicini et libri fulgurales traitaient de l’art d’interpréter les augures   et la foudre. Les libri rituales venaient sans doute en complément afin d’accompagner les observations des actes propitiatoires adaptés. Quant aux libri acherontici, leur nom dénote une influence culturelle de la Grèce.

Les textes n’étaient pas uniquement religieux, ils devaient inclure aussi des archives gentilices des grandes familles étrusques (Tuscae historiae). Il est vraisemblable que l’empereur Claude, qui lisait l’étrusque, eût accès à ce type de textes pour écrire son histoire des Tyrrhéniens (Tyrrhenikà) en vingt volumes mentionnée par Suétone [2] mais malheureusement perdue.

Le panthéon étrusque

Ce qui frappe là aussi, c’est le caractère non figé du panthéon étrusque. Les domaines d’attribution des dieux sont multiples, évolutifs, parfois contradictoires. Le nombre même des dieux n’est pas limité. Il existe des « espaces du divin » qui peuvent évoluer vers la naissance d’un dieu : ainsi, les esprits protecteurs des soldats sont d’abord impersonnels, puis ils s’incarnent dans des héros locaux avant de prendre finalement les traits du dieu Laran, inspiré de l’Arès grec. Ce concept de « groupes divins » se retrouvera plus tard chez les Romains (Dii Consentes, Dii Involuti) ; les Manes, les Lares et les Pénates procèdent du même concept.

JPEG - 91.1 ko
© Photo RMN
Pendentif en or représentant Acheloos, le dieu du fleuve (Musée du Louvre).

Le dieu principal était, selon Tite-Live et Varron, Voltumna qui existait dans toutes les cités avec des variantes locales (Vortumnus, Velthumna, Vertumnus, Volturnus). C’est dans son sanctuaire, le Fanum Voltumnae, que se réunissaient chaque année les délégués de la ligue étrusque. Son attribut est la foudre (sous trois formes différentes) et comme Zeus/Jupiter il est souvent représenté à l’image du Zeus Olympien comme un dieu barbu trônant au milieu de se semblables, mais il peut aussi prendre un aspect plus juvénile. A l’origine c’est un dieu guerrier mais l’on sait qu’à Rome il était honoré par les jardiniers ! Sa parèdre féminine est Uni (Junon/Héra). Déesse de Véies et de Faléries, c’est à elle qu’était dédié le sanctuaire étrusco-punique de Pyrgi où elle est assimilée par les Puniques à Astarté.

De par leurs contacts avec les Grecs, les Étrusques assimilèrent leurs dieux autochtones avec des équivalents grecs, ces assimilations restant plus ou moins parfaites : Phersipnai/Perséphone, Aita/Hadès, Aplu/Apollon, Menerva/Minerve, Turan/Aphrodite, Turms/Hermès, Sethlans/Héphaïstos, Fufluns/Dionysos, Aritimi/Artémis. Il existe aussi des dieux étrusques tout à fait originaux comme Letham, Catha, Thesan, Vetisl, Usil. Il faut toutefois se méfier de toute ces assimilations et même de l’existence d’un panthéon étrusque unifié, car tout le domaine du divin relève de l’interpretatio etrusca, puis latine.

La divination

La fatalité, l’impression que le sort a déjà été décidé par le monde divin est un trait saillant de la religion étrusque. La vie des hommes est fixée dès leur naissance : elle se mesure en sections de sept années et nul ne peut vivre plus de douze sections. Quant au peuple étrusque lui-même, comme tout être vivant, sa durée de vie est limitée : il doit vivre dix périodes, chaque période durant la vie d’un homme. Le terme des dix périodes est annoncé par des prodiges (sonnerie de trompettes dans le ciel, comète) qu’il faut interpréter en consultant les livres des prodiges (ostentaria).

Dès lors, la divination ne sert pas tant à connaître l’avis des dieux, qu’à connaître le sort des hommes. "Nous (les Romains et les Grecs) pensons que c’est parce les nuages se heurtent que la foudre se produit, les Étrusques pensent quant à eux que les nuages se heurtent afin de produire la foudre ; en effet, comme ils rapportent toutes choses à la divinité, ils estiment non pas que les choses ont une signification parce qu’elles se produisent mais bien qu’elles se produisent à seule fin de signifier." [3]

La principale divination est l’hépatoscopie. Les haruspices   scrutent le foie d’un animal. L’organe est segmenté en zones d’influence, les dieux principaux se voyant attribuer un ou plusieurs secteurs. L’observation de la foudre constitue une autre technique divinatoire. Tourné vers le sud, l’observateur découpe l’horizon en seize secteurs, chacun attribué à un dieu. La couleur, la forme, l’éclat et le parcours de la foudre sont considérés comme autant d’informations délivrées par les dieux, autant de décrets divins auxquels il faut se soumettre.

Les messages divins ne se limitent pas à la divination. Ils s’incarnent aussi dans les prodiges de toute sorte et la consultation des oracles, surtout ceux de Grèce et notamment celui de Delphes.

La mort et l’au-delà

Les rites funéraires diffèrent et évoluent tant dans le temps que dans l’espace étrusque. La pratique de l’incinération héritée de l’époque villanovienne disparaît plus ou moins rapidement au profit de l’inhumation. Au VIe et Ve siècle, l’incinération ne se limite plus qu’à la région de Chiusi.

Quel que soit le mode de sépulture, il s’accompagne d’offrandes (nourriture et boisson), d’objets familiers au défunt (vase, bijoux, objets domestiques) qui donnent l’illusion d’une vie dans la tombe. Les parois des hypogées étrusques sont couvertes de fresques nous décrivant les rites mortuaires. L’inhumation est précédée de rites. Le premier d’entre eux est l’exposition du défunt sur un lit de parade autour duquel se déroulent des danses de lamentations tandis que la cadavre reçoit onctions et baiser féminins. Faute de représentation, on ne sait comment se déroulait l’inhumation elle-même. Puis commencent les rites de revitalisation : banquet, danses, jeux que semble présider le défunt. Tous ces rituels impliquent une croyance dans l’au-delà, mais laquelle ?

Les prêtres et les temples

Les haruspices (netsvis ?) ne sont pas à proprement parler des prêtres, amis seulement des interprètes des messages divins. Les fonctions sacerdotales sont réservées à l’aristocratie, elles s’insèrent dans un cursus de fonctions civiques. Là encore, l’influence étrusque sur les pratiques ultérieures des Romains est évidente. Les sacrifices rituels sont pratiqués dans les temples selon les règles édictées par les libri rituales. Les sanctuaires accueillent aussi des dépôts votifs constitués de figurines animales et humaines.

Vitruve nous a laissé des indications précises sur la règle de construction du temple étrusque : "Après avoir déterminé la longueur du temple que l’on veut bâtir à la manière étrusque, il faut la diviser en six parties et en donner cinq à la largeur. Il faut ensuite partager cette longueur en deux parties, affecter celle du fond à la disposition des salles et réserver celle de devant pour placer les colonnes du porche. ensuite on divisera la largeur en dix parties, dont trois à gauche et trois à droite seront pour les cellae latérales ou pour les ailes, les quatre restant étant pour la cella centrale."

A l’extérieur, le temple étrusque n’est pas comme le temple grec un monument qui doit répondre à des règles précises d’esthétisme. Le temple n’est pas édifié au centre de la cité, il doit s’y fondre, ce n’est pas un bâtiment remarquable. Le podium sur lequel se dresse le temple n’est accessible que par un escalier frontal. Celui-ci débouche sur le porche d’entrée monumental. Il existe donc clairement une façade d’entrée et trois autres murs banalisés. Cette disposition sera reprise par les temples romains.

Seul le podium est en pierre. Les murs sont construit en bois, en briques crues ou en torchis avec un treillage d’osier ou de bois. Le toit lui-même est souvent couvert de chaume ou de tuiles. Il déborde largement des murs et du podium. Sous les auvents ainsi constitués, on place des longues rangées de statues votives ou honorifiques. Si le toit est couvert de tuiles, il s’orne d’antéfixes et d’acrotères. Il n’y a pas à proprement parler d’ordre toscan et les influences des ordres dorique  , ionique  , et corinthien   se retrouvent dans une grande liberté de forme.



[1Tite-Live, Livre V, 1,1.

[2Suétone, Vie de Claude, XLII

[3Sénèque, Questions Naturelles, II, 32,2

 



Accueil | Plan | Crédits

   Creative Commons License

Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
2005-2017 © Clio la Muse