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La Guerre du Péloponnèse
(431 à 404 av. J.-C)

Durant la guerre, peu d’États grecs purent rester en dehors du conflit, sauf les États des marges les plus extrêmes du monde grec. Ce fut une guerre sans précédent pour le nombre de participants (États et soldats), pour sa durée, pour son influence sur les mentalités et pour la façon dont le conflit s’étendit dans tout l’espace du monde grec, de l’Asie Mineure à la Sicile et souvent simultanément.

Causes de la guerre

Selon Thucydide, la cause principale de la guerre est l’impérialisme athénien : « le motif le plus réel mais en apparence le moins visible, c’est à mon avis, que les Athéniens en s’étendant et en faisant peur aux Lacédémoniens les ont contraints à la guerre » [1]. En 446, l’accord conclu entre les puissances rivales repose sur un partage du monde grec : à Sparte le Péloponnèse, à Corinthe les mers et le commerce occidental, à Athènes la mer Egée et le commerce du Nord. Sparte et ses alliées, notamment Thèbes et Corinthe, redoutaient la montée de l’impérialisme athénien. Corinthe, membre de la ligue du Péloponnèse, supporte de plus en plus mal les visées d’Athènes sur la Grande Grèce, dont Corinthe a le monopole du commerce. Sparte affirma vouloir libérer la Grèce de la tyrannie athénienne « par peur que les Athéniens n’accroissent leur puissance, car ils voyaient la majeure partie de la Grèce déjà entre leurs mains » [2].

La Guerre

Le conflit éclate avec l’affaire de Corcyre   en 431. Perpétuellement en conflit avec sa métropole Corinthe, Corcyre se révolte et fait appel aux Athéniens. Athènes oblige Potidée, ancienne colonie corinthienne à raser ses murailles et interdit l’accès de l’Attique aux marchands de Mégare. Par fidélité à ses alliances, Sparte se laisse entraîner à la guerre. Athènes ne désire pas vraiment la guerre : sa flotte à ordre de ne pas combattre à moins que les Corinthiens n’attaquent Corcyre. Les spartiates ravagent l’Attique tandis qu’Athènes s’empare d’Egine et ruine les côtes ennemies.

Prisonniers derrière leurs fortifications, les Athéniens subissent une épidémie (peste ? typhus ?) en 430-429 qui anéantit entre un quart et un tiers de la population, dont Périclès. A sa mort, Athènes se divise entre ceux qui veulent une guerre défensive, comme Nicias, et ceux qui prêchent pour la guerre à outrance, comme Cléon. Le décès au combat des plus farouches bellicistes de part et d’autres, l’Athénien Cléon et le Spartiate Brasidas, ainsi que la prise de Spactérie par les Athéniens et l’occupation de Cythère, qui permettrait d’effectuer des raids en Laconie, conduisent les deux belligérants à conclure la paix en 421. Cette paix de Nicias, qui doit durer 50 ans, est une paix sans vainqueur et qui ne résout rien. Elle n’est conclue qu’entre Athènes et Sparte car Corinthe, Elis, Mégare et Thèbes refusèrent de la voter car elles conservaient des revendications territoriales à l’égard d’Athènes. De plus, la paix constituait une entorse aux usages valables entre alliés réunis au sein de la ligue du Péloponnèse : Athènes et Sparte pouvaient se mettre d’accord pour modifier le traité comme bon leur semblait sans en référer à la ligue.

La défaite d’Athènes

C’est l’expédition de Sicile, décidée en 415 par Alcibiade, pour conquérir l’île qui déclenche la reprise des hostilités. Corinthe et Sparte répondent à l’appel au secours lancé par Syracuse. L’armée athénienne s’épuise devant Syracuse, sa flotte est anéantie (413). Les cités alliés, libérés de la tutelle athénienne, appellent Sparte au secours. En 411, à Athènes un coup-d’État renverse la boulê et la remplace par le régime des Quatre Cents tandis que les débris de la flotte athénienne réfugiés à Samos destituent leurs chefs et les remplacent par des démocrates, Thrasybule et Thrasyllos. L’arrivée de la flotte péloponnésienne en Ionie et en Hellespont   réduit l’empire athénien à néant.

Ruinée, Athènes arme péniblement une flotte écrasée à Aigos Potamos en 405 par Lysandre. Toutes les cités restées fidèles à Athènes lui font défection et se soumettent à Lysandre sauf Samos. Finalement, en avril 404 av. J.-C., Athènes capitule. Les clauses de la paix sont très humiliantes pour les Athéniens qui doivent « avoir même amis et ennemis que les Lacédémoniens et suivre ceux-ci sur terre et sur mer là où ils les conduiraient » [3]. Mais en fait, Athènes a évité le pire : Thèbes et Corinthe avaient demandé qu’Athènes soit rasée mais Sparte s’y oppose et se contente de la destruction des murailles et de la saisie de la flotte. Cette clémence spartiate était officiellement justifiée par le souvenir des Guerres Médiques mais il est vraisemblable que Sparte ait voulu conserver un contrepoids face aux velléités thébaines.

Conséquences de la guerre

Sur le plan politique, la défaite d’Athènes inaugure la période d’hégémonie spartiate. Sur le plan économique, au sortir de cette longue guerre l’Attique est dévastée, et toute la Grèce connaît une période d’inflation en partie imputable à l’afflux de l’or perse qui entraîne un essor de la corruption à Sparte tandis qu’à Athènes les mines du Laurion ont été inondées durant les combats. Les pertes humaines directes au combat ou indirectes (peste d’Athènes) ouvrent une crise démographique qui voit certaines régions se vider de leur population et au contraire certaines cités comme Athènes connaître une crise de surpeuplement. Bien que victorieuse, Sparte a elle-même perdu beaucoup d’hoplites (les deux tiers de l’effectif total !) donc de citoyens sans moyen de les remplacer et la corruption s’y développe

Au niveau social, les inégalités se sont accrues. La démocratie athénienne subit deux graves crises constitutionnelles. Et là-encore, même une cité « égalitariste » comme Sparte n’échappe pas aux mécontentements. Le recrutement massif des mercenaires entraîna une perte du devoir civique autant que des crises financières au sein des cités qui le pratiquèrent. Sur le plan moral, l’émergence de nouvelles coutumes religieuses, la montée de l’individualisme et une certaine dissolution des mœurs furent patents.



[1Thucydide, Guerre du Péloponnèse, I, 23, 6.

[2Thucydide, Guerre du Péloponnèse, I, 88.

[3Xénophon, Helléniques, II, 2, 20.

 



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Dernière mise à jour : 31 mai 2015
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