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Athènes

La démocratie athénienne

« Notre constitution n’a rien à envier aux lois des autres : elle est un modèle et n’imite pas. Elle s’appelle démocratie parce qu’elle oeuvre pour le plus grand nombre et non pour une minorité. Tous participent également aux lois concernant les affaires privées, c’est la valeur seule qui introduit des distinctions et les honneurs vont plus aux mérites qu’à la fortune. Ni la pauvreté, ni l’obscurité n’empêchent un citoyen capable de servir la cité. Etant libre dans ce qui concerne la vie publique, nous le sommes également dans les relations quotidiennes. Chacun peut se livrer à ses plaisirs sans encourir de blâme ou des regards blessants, quand même ils ne causent pas de mal. Malgré cette tolérance dans notre vie privée, nous nous efforçons de ne rien faire d’illégal dans notre vie publique. Nous demeurons soumis aux magistrats et aux lois, surtout à celles qui protègent contre l’injustice et à celles qui pour n’être pas écrites n’en apportent pas moins la honte à ceux qui les transgressent. »- Discours de Périclès - [1]

Naissance de la démocratie

Une certaine forme de gouvernement démocratique existait dans nombre de cités-États, mais c’est à Athènes qu’elle atteignit la forme la plus pure. A l’origine, la cité athénienne était une royauté. Avant les réformes de Clisthène, il existait, comme dans toutes les cités ioniennes, quatre tribus (phylaï) : les Géléontes, les Aigicoreis, les Argadeis et les Hoplètes. Chaque tribu étant elle-même répartie en trois phratries placées sous la protection de Zeus et d’Athéna. Au sein d’une phratrie, les membres se considèrent comme des frères. Chaque année les nouveaux nés sont présentés à la phratrie lors de la fête des Apaturies et la communauté accepte leur venue par un vote. Au sein des phratries, paysans et grands propriétaires coexistent. Quant aux non-propriétaires, aux artisans et aux commerçants, ils sont exclus de tout rôle politique.

D’après Plutarque [2], c’est à Thésée que l’on doit l’unification de l’Attique et le rejet de la monarchie. Dès la seconde moitié du VIIe siècle, trois magistrats, les archontes choisis parmi l’aristocratie (les Eupatrides) gouvernent la cité pour un an et se répartissent le pouvoir politique de l’ancien roi : prêtre, juge et polémarque (chef de guerre). En 621, Dracon définit les différentes catégories de citoyens et rédige un code dont la dureté des peines est restée proverbiale. La réforme censitaire introduite par Solon peut être considérée comme une première étape vers la démocratie.

La démocratie naît de l’égalité entre tous au sein du même dème et de tous devant la loi. Le citoyen a des droits publics et privés. Dans le domaine privé, tout citoyen peut se marier, posséder des biens et défendre ses intérêts privés devant la justice. En contrepartie, le citoyen a des devoirs envers la cité : il doit le service militaire, payer des impôts et participer à la vie publique. C’est une démocratie imparfaite qui exclut de la cité les femmes et les esclaves, soit peut-être un tiers de la population. Vers 432 av. J.-C., la cité compte entre 35 000 et 46 000 citoyens pour 10 000 à 15 000 métèques. Quant aux esclaves, ils sont estimés à 100 000 !

Les réformes de Clisthène

La révolution de 510, menée par les aristocrates et les « démocrates » contre Hippias, le fils de Pisistrate, naît de l’essor des classes populaires. Clisthène s’appuya sur le peuple et gouverna la cité entre 508 et 507. Ses réformes entraînent une nouvelle répartition des citoyens et mettent fin à l’organisation familiale sur la base du génos : les citoyens seront désormais répartis en dix tribus. Le terme de démocratie n’est pas inventé à cette époque mais beaucoup plus tard par Hérodote. On parle alors d’iségoria (égalité de parole devant l’assemblée), d’isonomia (égalité devant la loi) et d’isokrateia (égalité des pouvoirs).

Tribus, trittyes et dèmes

Par les réformes de Clisthène, le nombre des tribus est porté à 10 respectivement appellées Erechtheis, Aigeis, Pandionis, Leontis, Acamantis, Oineis, Kerropis, Hippothontis, Aiantis et Antiochis), toutes nommée après des héros mythologiques athéniens. Chaque tribu est décomposée en 3 trittyes, il y a donc 30 trittyes. Chaque trittye correspond à une région naturelle de l’Attique : la cité et sa banlieue (l’astu), la côte (la Paralia), l’intérieur (la Mésogée). Ces trois trittyes sont tirées au sort. Chaque trittye est elle-même décomposée en dèmes (dèmos) en nombre variables (à l’origine, il y avait 10 dèmes par trittye). « Chaque tribu reçoit trois trittyes tirées au sort de telle sorte qu’elle en ait une de chacune des trois régions. » [3]

Le dème c’est l’unité civique de base. L’appartenance au dème est héréditaire et l’inscription sur les registres du dème était un préalable pour accéder à la citoyenneté. Chaque citoyen ajoute à son nom et à celui de son père, le nom de son dème. A titre d’exemple, Périclès s’appelle en fait Périclès, fils de Xanthippe, du dème de Cholarges. Le dème possède sa propre assemblée et ses magistrats (démarques). Le dème est responsable des sanctuaires situés sur son territoire.

Les phratries

Clisthène maintint les anciennes phratries. La phratrie était un groupement de familles et une subdivision du dème mais son organisation est peu claire (lien du sang ?). Les phratries jouaient un rôle essentiel dans tous les actes liés à la vie du citoyen : naissance, initiation des adolescents, mariage, adoption, funérailles. C’est l’admission dans la phratrie qui conditionnait l’appartenance à la communauté civique pour les hommes comme pour les femmes.

Le démos et l’ecclésia

Le terme démos avait à l’origine un sens péjoratif, signifiant « gens du commun », « classes inférieures » mais il signifie aussi « le peuple comme un tout ». La réforme de Clisthène supprime le pouvoir régional des familles de l’aristocratie en créant un corps civique, l’assemblée du peuple, appelée l’ecclésia. Elle était composée de tous les citoyens ayant achevé leur service militaire et jouissant de leurs droits civiques. Les décrets de l’assemblée athénienne étaient promulgués « par le démos » plutôt que « par l’ecclésia ».

L’assemblée se réunissait fréquemment, au moins quatre fois de chaque période de 36 jours au IVe siècle (4 fois par prytanie) sur la colline du Pnyx où avait été aménagé un hémicycle. Évidemment, seule une fraction de citoyens venait mais ceux qui étaient présents à une séance constituait le démos et leurs actes étaient reconnus par la loi comme les actes du peuple entier. Tout citoyen présent à l’ecclésia est entièrement libre de s’exprimer en public, de proposer un amendement et à le droit de vote. Le projet de loi et ses amendements sont soumis au vote de l’assemblée. La décision est prise à la majorité des votants, le vote se faisant à mains levées. Le vote acquis, le décret était gravé sur une pierre est exposé pour publicité. Le nom de l’auteur de la proposition y était mentionné afin que si la mesure prise se révélait désastreuse on puisse se retourner contre lui. A partir du IVe siècle av. J.-C., les participants à l’assemblée se virent rétribuer d’un salaire, le misthos ecclesiasticos.

La boulê, les prytanes

Le pouvoir est confié à la boulê, composée de cinq cents membres tirés au sort (50 par tribu). Il n’y avait pas de conditions de cens exigée mais il est vraisemblable que seuls les citoyens bénéficiant de revenus suffisants pouvaient se permettre de s’y consacrer durant une année pleine car le misthos bouleutikos n’était que de cinq oboles par jour au IVe siècle. Les bouleutes devaient prêter serment de demeurer fidèles à la constitution. La boulê se réunissait dans le bouleutérion tous les jours sauf jours fériés. Une grande partie du travail préparatoire de l’assemblée (probouleuma) était fait par la boulê.

Les cinquante bouleutes d’une tribu étaient prytanes, c’est à dire présidents du Conseil, siégeant à tour de rôle pendant un dixième de l’année. Ce sont les prytanes qui réunissent l’ecclésia et la boulê et qui en préparent l’ordre du jour. Chaque jour, l’un des prytanes était tiré au sort pour être président de la boulê (épistate). Ce sont les prytanes qui reçoivent les ambassadeurs étrangers et les lettres officielles ; ce sont eux qui peuvent déférer devant les tribunaux les stratèges qui ne se seraient pas acquittés de leur tâche.

Les magistratures

A côté des prytanes qui sont les magistrats suprêmes, il y avait beaucoup d’autres magistrats, presque toujours réunis en collège de dix membres (1 par tribu). Toutes les magistratures sont électives. Tous les magistrats bénéficient de l’inviolabilité (tout délit à titre public contre l’un d’eux entraîne l’atimie  ) et tous ont le droit de porter une couronne. Il n’y avait pas de hiérarchie parmi les charges : tout homme occupant une charge était responsable directement et uniquement envers le démos. Tout magistrat quittant sa charge devait rendre des comptes.

Parmi ces magistrats, on peut distinguer les archontes et les stratèges. Après la réforme, il y a désormais neuf archontes plus un secrétaire : aux trois archontes antiques sont rajoutés six gardiens de la loi (thesmothètes), qui sont eux-aussi désignés par tirage au sort. Chaque tribu est représentée par 1 archonte   et commandée (en temps de guerre) par 1 stratège. Les dix stratèges étaient élus par l’assemblée du peuple parmi les pentacosiomédimnes (1 par tribu) et étaient indéfiniment rééligibles. A chaque prytanie ils sont confirmés dans leurs fonctions par un vote à mains levées. Si l’un d’eux n’est pas confirmé, il est traduit devant un tribunal ; s’il est acquitté il reprend immédiatement ses fonctions. Ils sont souverains quand ils commandent et peuvent chasser de l’armée, condamner à une amende quiconque n’obéit pas à leurs ordres. Chaque stratège   se voit assigner une magistrature militaire spécifique.

Réformes, crises et restauration

Les Guerres Médiques consacrèrent le rôle fondamental du démos : la flotte athénienne victorieuse était essentiellement recrutée parmi les citoyens les plus pauvres (thètes) ; la guerre avait entraîné un afflux considérable de citoyens de la campagne vers la cité elle-même ; les stratèges, qui sont élus par le démos, virent leur rôle renforcé aux dépends des Archontes.

Ephialte fit voter une loi réformant l’Aréopage, en le privant de ses pouvoirs judiciaires qui furent transmis à la boulê et à l’Héliée. Puis vers 458-456, les zeugites furent admis à l’archontat. A la mort d’Ephialte, Périclès devient le chef du parti démocratique et parachève la constitution démocratique d’Athènes. Durant la Guerre du Péloponnèse, la démocratie athénienne connaîtra deux crises institutionnelles. En 411, le parti aristocratique profite de la crise ouverte par la désastreuse expédition de Sicile et de l’absence d’une bonne partie du démos partie combattre pour faire voter l’instauration du régime oligarchique des Quatre Cents. La démocratie est abolie au profit d’un conseil des Quatre Cents, représentant les possédants, épaulé par une assemblée de 5 000 citoyens. Les dissensions internes au régime amène sa chute dans des circonstances peu précises dès 410.

En 405, la défaite athénienne amène une nouvelle crise (404) et l’instauration du régime des Trente, dirigé par Théramène et Critias, où le pouvoir est confisqué par trente citoyens épaulé par une assemblée réduite à 3 000 citoyens. Parallèlement, les métèques furent arrêtés et leurs biens confisqués. La dérive tyrannique de ce régime conduit Sparte à soutenir le parti démocratique mené par Thrasybule qui rétablit la démocratie en 403.

Progressivement, le démos se désintéresse complètement des affaires de la cité, sauf s’il s’agit de décider d’une guerre, et l’on assiste à une professionnalisation de la vie politique athénienne. En 322, la démocratie disparaît au profit d’une oligarchie censitaire qui réservait la politeia aux seuls possesseurs d’une fortune de 2 000 drachmes, abaissés à 1 000 drachmes en 317 par Démétrios de Phalère. La démocratie athénienne n’est plus désormais que l’ombre d’elle-même.



[1Thucydide, Guerre du Péloponnèse, II, 37

[2Plutarque, Vie de Thésée, XIV, 1-2

[3Aristote, Constitution d’Athènes, XXI

 



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Dernière mise à jour : 3 juin 2015
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