Monde Grec
Grèce classique
Civilisation grecque

Identité grecque
(dans la Grèce antique)

Dans leur propre langue, les Grecs ne se sont jamais appelés eux-mêmes "Grecs" ce mot vient du nom que les Romains leur donnèrent : Graeci). A l’époque homérique, ils étaient connus comme Achéens, nom qu’ils portent dans les poèmes homériques. A l’époque hellénistique, le terme "Hellènes" devint le nom collectif désignant les Grecs. [1]
Les Grecs, non seulement ceux qui habitaient la péninsule balkanique, mais aussi ceux d’Ionie et de Grande Grèce, se reconnaissaient tous pour frères de race et sentaient entre eux une profonde communauté de langue, de religion et de mœurs par opposition au monde des Barbares, ce qui faisait dire à Hérodote : « Nous appartenons à la même race, nous parlons la même langue et nous honorons les mêmes dieux, avec les mêmes autels et les mêmes rituels et nos coutumes se ressemblent ». Civilisation commune ne veut pas dire identité absolue mais quelle que soit la période historique, le monde grec fut uni par les coutumes, la religion, la langue, l’athlétisme et la culture (théâtre, sculpture, architecture...) et c’est dans ces domaines que l’on peut parler d’un panhellénisme authentique existant dès l’époque archaïque. Certes, il existait des différences de dialectes, d’organisation politique, de culture ou de morale mais aux propres yeux des Grec ces différences étaient mineures comparées au substrat commun dont ils étaient conscients.

Ethnos, koînon et fédérations

Au sens strict, l’ethnos était constitué par "une population dispersée sur un territoire dépourvu de centre urbain, unie politiquement par le biais des coutumes et de la religion, gouvernée par une assemble périodique réunie dans un lieu central unique et qui adorait une divinité tribale dans un sanctuaire commun. Si plusieurs centres urbains se développaient à l’intérieur du territoire de l’ethnos, ils pouvaient parvenir à une forme d’autonomie intermittente, agir comme de petits États séparés ; inversement si une seule cité concentrait toute la puissance de l’État, elle tendait alors à s’imposer par la force comme centre politique d’une partie de l’ethnos au moins et à le transformer en polis." [2]

Les cités d’un même ethnos pouvaient se rassembler autour d’un sanctuaire, on parlait alors de koînon, comme pour les Béotiens ou les Thessaliens. Historiquement la Grèce connut trois types d’organisations fédérales : les summachia - alliances à caractère essentiellement militaire comme la ligue de Délos, la confédération athénienne ou la ligue du Péloponnèse -, les confédérations de cités (sympolitie   ou isopolitie)- comme les confédérations béotienne, arcadienne ou chalcidienne - et le koînon hellénistique représenté par la ligue de Corinthe.

"A l’époque hellénistique, l’ethnos connaît un renouveau par la mise en place de fédérations d’entités autonomes qui pouvaient tout aussi bien avoir été des cités que des ethné aux périodes précédentes mais qui étaient désormais préparées à accepter la domination d’une autorité militaire et politique centrale." [3]. Dans le domaine politique, la Grèce n’a jamais constitué un État uni avant les dominations macédonienne et romaine. Les cités resteront toujours très divisées : aussi petite soit-elle, chaque cité se voulait absolument indépendante et possédait ses propres institutions et même bien souvent sa propre monnaie et son propre système de poids et mesures.

Culture, langue, écriture, mythes

Dans la Grèce classique, le terme de « culture » (paideia) avait une connotation à la fois morale, sociale et politique. Cette éducation impliquait un même idéal de perfection et d’émulation, au physique comme au moral. Cet idéal était commun à toutes les cités, sauf à Sparte et en Crète, où la paideia comportait des particularités. Du point de vue politique, cette paideia aboutissait à la reconnaissance de valeurs acceptées par tous les Grecs : l’égalité (isonornia), la justice (dikaiosynè), l’indépendance (autarieia). L’égalité des droits est apparue en plusieurs points du monde grec, depuis la seconde moitié du VIe siècle, par exemple à Argos, à Corinthe, dans l’Athènes de Clisthène et dans celle de Périclès.

La langue grecque se différenciait en dialectes mais les locuteurs parvenaient à se comprendre alors que les Barbares étaient « inintelligibles ». L’écriture grecque fut adoptée vers 750 av. J.-C. C’est un système alphabétique complètement constitué, inspiré d’un modèle phénicien, sans aucune relation avec le linéaire B pratiqué à l’époque mycénienne. Entre la fin des Mycéniens et l’apparition du grec ancien classique, on n’a retrouvé aucun trace d’un système d’écriture intermédiaire. On passe ainsi d’un système où chaque signe désigne une syllabe ouverte du type ba à un un système alphabétique comprenant deux lettres séparées b et a. A l’alphabet phénicien, l’alphabet grec rajoute des voyelles elles-mêmes dérivées des signes phéniciens. La simplicité de cet alphabet le rendit accessible à presque tout le monde. Les premières inscriptions alphabétiques sont des inscriptions d’ordre privé (marques de propriété, commentaires personnels...) souvent versifiées.

Peu d’ouvrage ont eu une telle emprise pendant des siècles sur une nation que les récits homériques sur les Grecs. Platon se plaignait qu’il y eût des Grecs pour croire « qu’Homère a été l’instituteur de la Grèce » [4]. Selon Hérodote, c’est Homère « qui a fixé pour les Grecs une théogonie, qui a attribué aux dieux leurs qualificatifs, partagé entre eux les honneurs et les compétences, dessiné leurs figures » [5].

« Pendant longtemps les Grecs trouvèrent à satisfaire leur intérêt pour le passé dans leur répertoire de mythes et de légendes qui étaient considérés comme vrais ; même les sceptiques ne mirent jamais en doute l’existence d’Agamemnon ou d’Œdipe, des Grecs pas trop différents d’eux-mêmes qui vivaient en un "il était une fois..." sans date, où ils avaient régné, combattu et procréé. La conscience et l’orgueil hellénique ou régional, le fondement du pouvoir, la signification des pratiques cultuelles, la solidarité de la communauté - voilà ce qu’on cherchait à garantir ou à renforcer à partir du passé, et de telles fins étaient admirablement servies par les vieux récits. » [6]



[1Moses I. Finley, Les anciens Grecs

[2Anthony Snodgrass, La Grèce Archaïque

[3Moses I. Finley, Les anciens Grecs

[4Platon, La République, 606

[5Hérodote, L’Enquête, II-53

[6Moses I. Finley, Les anciens Grecs

 



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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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