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Les Araméens

Un peuple et des royaumes

Les Araméens étaient à l’origine un peuple de nomades du désert syrien. Au début du Ier millénaire, ils sont installés du sud de la Syrie actuelle jusqu’à la Haute Mésopotamie. Ils sont mentionnés pour la première fois dans l’Histoire dans les annales de Teglath-Phalazar Ier qui relatent sa campagne victorieuse menée en 1111 av. J.-C. contre les Ahlamu Araméens. A cette époque, les Araméens semblent être encore organisés en tribus et conserver un mode de vie semi-nomade. A la fin de son règne, Teglath-Phalazar Ier rapportait avoir mené 28 campagnes contre eux pour les déloger de la Syrie septentrionale autour de Karkemish où ils profitèrent du déclin des néos-Hittites pour se sédentariser à partir du XIe siècle siècle. Ils avaient mauvaise réputation auprès des Babyloniens qui leur reprochaient leur propension au brigandage, source d’insécurité néfaste pour le commerce.

La rapidité et la facilité avec lesquelles les Araméens adoptèrent la civilisation des pays où ils s’installèrent sont remarquables. Héritiers culturels tant des Amorrites que des néos-Hittites, les Araméens s’adonnèrent progressivement à l’agriculture et au commerce.

Ils fondent de petits états autonomes qui ne tardent pas en rentrer en conflit avec le jeune royaume d’Israël. Aux IXe et VIIIe siècles, les Araméens ont fondé des cités et des petits royaumes, comme celui de Bit Bahiani avec pour capitale Guzana (Tell Halaf), celui de BitAdini, Bit-Agushi centré sur Arpad, celui de Sarm’al avec comme capitale Zincirli, celui de Hamat ou le puissant royaume d’Hazaël avec pour capitale Damas. Ces petits royaumes se caractérisaient par une unité culturelle au travers d’une langue commune, l’adoration de divinités communes comme Hadad, Baal Shamin, Shamash. Les Assyriens qui cherchaient à réduire ces petits royaumes turbulents maintenaient parfois en place, après leur conquête, les souverains locaux en leur accordant le rang de gouverneur. Le renouveau assyrien sous Sargon II conduit finalement à l’anéantissement définitif de ces petits royaumes. Vers 800 av. J.-C., les Assyriens s’emparent du royaume de Damas, en retirent un riche butin et la ville n’échappe à la destruction totale que contre le versement d’une lourde rançon. Les survivants se dispersent dans toutes les directions mais surtout vers le sud où ils causent de sérieux désordres en Babylonie. Sennachérib les décrit comme des hommes « perdus, fuyards, repus de sang, voleurs ».

Une langue universelle

Dans la seconde moitié du Ier millénaire, les Araméens imposèrent involontairement leur langue à l’Orient tout entier mais aussi certaines de leurs croyances, comme l’adoration du dieu Hadad, dieu de l’orage et dieu du ciel, qui sera ainsi adoptée dans toute la Mésopotamie.

L’akkadien et l’araméen ont sans doute une origine commune, une même langue qui se divisent en deux branches évoluant séparément, reflétant l’évolution de ses locuteurs. Une partie d’entre eux demeurent nomades et n’utilisent qu’une « version parlée », qui se simplifie avec l’usage, qui deviendra l’araméen. D’autres se sédentarisent et développent une écriture (de type cunéiforme) pour des usages précis (comptabilité, administration), l’akkadien, qui devient ainsi la langue de l’élite lettrée. La diffusion de la langue araméenne à sans doute profitée tant de la simplicité de son écriture que de la dispersion de la communauté araméenne après la conquête assyrienne. En Assyrie même, les deux langues devaient ainsi être utilisées parallèlement. De nombreuses tablettes des archives de Ninive, rédigées en akkadien, portaient sur la tranche un résumé en araméen facilitant leur utilisation et leur classement.

Les Araméens installés en Assyrie ont progressivement infiltré l’administration et de nombreux hauts dignitaires ou scribes assyriens étaient d’origine araméenne. La propre épouse de Sennachérib, la reine Naqui’a (en araméen Zakûtu) était d’origine araméenne, de même que la mère du roi babylonien Nabonide. Vers 500 avant J.-C., les Perses choisirent l’araméen comme langue compréhensible de tous les peuples de leur empire. Au IIIe siècle av. J.-C., l’empereur Ashoka faisait graver ses inscriptions tant en grec, en indien qu’en araméen.

Ainsi la fin de l’ère préchrétienne, l’araméen était parlé, écrit et lu de l’Inde à l’Égypte, du Caucase à l’Arabie et l’on sait que Jésus s’exprimait dans cette langue. Paradoxalement, on peut dire que la disparition des royaumes araméens et la dispersion de population qui en résulta a permis une extraordinaire expansion de leur langue qui restera la langue vernaculaire de la Syrie intérieure et de la Mésopotamie bien au-delà de la conquête islamique. L’écriture de la langue arabe elle-même dérive d’une forme cursive de l’écriture araméenne. Aujourd’hui encore, on parle des dialectes araméens dans certains villages de l’Anti-Liban syrien et dans les communautés chrétiennes de l’Irak et du sud-est de la Turquie.


 



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Dernière mise à jour : 19 décembre 2014
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