Asie Centrale
Bactriane & Margiane

Taxila

Antique cité, de son vrai nom Takshasila, située à quelques kilomètres à l’ouest d’Islamabad, dont l’emplacement au carrefour des routes commerciales entre l’Inde et la Perse d’une part, et entre la mer d’Oman et l’Asie Centrale et la Chine d’autre part, en fit une zone privilégiée. Le site fut occupé entre 600 av. J.-C. et 600 apr. J.-C. et vit se développer trois villes successives : Bhir Mound, Sirkap, Sirsukh. Finalement, les Hephtalites détruisirent le pays et Taxila.

Bhir Mound

Selon Hérodote, Darius Ier en avait fait la capitale de la satrapie du Gandhara. Elle est mentionnée dans le récit de la conquête d’Alexandre comme une grossière bourgade, sale et désordonnée, où les constructions sont encore rudimentaires. Certaines traditions locales qui y avaient cours frappèrent les chroniqueurs grecs [1] : la polygamie, le sacrifice par immolation des veuves, le corps des défunts jetés aux vautours et la vente des jeunes filles dont les parents étaient trop pauvres pour payer leur dot. En 306/305, Séleucos Nicatôr préféra abandonner la ville à Chrandagupta.

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© Jean Savaton
Taxila (Bhir Mound) : vue générale

Au IIIe siècle av. J.-C., l’administration des Maurya est favorable à la cité qui devient avec Pataliputra, dans la vallée du Gange, une des capitales de l’Empire. Le roi Asoka y fit élever le Dharmarajika stupa, un pilier commémoratif et surtout fonda l’université, qui allait être la plus renommée du monde indien. On y enseignait les mathématiques, le droit, l’histoire, la médecine, les arts, l’astronomie ... etc. à un niveau remarquablement élevé. Taxila était alors un centre intellectuel réputé où se rencontraient bouddhistes et adeptes des autres religions.

Les fouilles archéologiques ont révélé une ville de forme irrégulière (1 km du nord au sud et 600 mètres d’est en ouest) protégée par un rempart construit en briques crues, boue et bois. Des ruelles tortueuses desservaient des maisons faites de pierres sèches recouvertes de boue. Des murs aveugles donnaient sur la rue, mais une cour intérieure éclairait chaque maison grâce à des fenêtres. La ville était pourvue d’un système d’évacuation des eaux (drains de poterie ou de pierre taillée, puits perdus) et de bacs à ordures publics. Des reliefs nous renseignent sur le costume de ses habitants qui portaient des tuniques de lin mi-longues, un châle sur la tête et des chaussures de cuir.

Sirkap

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© Jean Savaton
Taxila (Sirkap) : stratification des murailles d’époques successives

Au IIe siècle av. J.-C., les Gréco-Bactriens établissent une nouvelle cité, Sirkap, qui recueillit sans doute les colons grecs rapatriés de Bactriane. Les Parthes, au Ier siècle après J.-C., élargiront la cité suivant un plan hippodamien  . La ville était entourée d’une muraille de 5 km de long à l’appareil   soigné, renforcés de bastions carrés ou polygonaux. Philostrate [2] la décrit ainsi : « Taxila est presqu’aussi grande que Ninive, elle a été assez bien fortifiée à la manière des cités grecques ; c’est la résidence royale de celui qui dirige l’empire de Porus ». En effet, la partie nord de la cité a été construite dans la plaine et la partie sud sur une colline, ce qui pouvait rappeler la disposition d’une cité grecque avec son agora  .

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Taxila (Sirkap) : vue générale

Les ruines visibles datent de l’époque indo-scythe (milieu du Ier siècle av. J.-C.) et de l’époque kouchane (Ier et IIe siècle apr. J.-C.). C’était une cité aux rues larges et bordées de boutiques. Côté rue, les façades des maisons étaient aveugles et garnies de boutiques, côté cour, elles étaient spacieuses et comportaient plusieurs pièces sur deux étages. Les murs intérieurs étaient recouverts à la chaux ou de stucs peints et quelques unes possédaient des balcons.

Certaines maisons possédaient un stupa   privé et ont livré plusieurs statues de divinités hellénistiques (Harpocrate, Silène  ...). Plusieurs monuments religieux (stupas) se trouvaient le long de la rue principale. Il existait un grand temple, pourvu d’une abside et témoignant d’une architecture complexe (nef et abside entourées d’un déambulatoire et abside abritant un stupa).

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Taxila (Sirkap) : détail de la décoration du temple de l’aigle à deux têtes

Les vestiges du sanctuaire dit “de l’aigle à deux têtes” sont particulièrement importants en raison de leur décoration indo-grecque (pilastres   corinthiens, arcades centrales en ogive comme au Bengale). Le motif central a donné son nom au temple et on le rencontrait à Sparte et dans l’ancienne Babylone avant qu’il eût été adopté par les Scythes. L’édifice renfermait un pilier octogonal portant une inscription en araméen remontant à 275 av. J.-C.

Au sud-est se trouvait le complexe du palais royal, de taille plus vaste que les autres édifices (120 mètres par 105), dont l’entrée orientée au sud s’ouvrait sur la rue principale. Il comprend deux salles à niche d’apparat ainsi que les appartements des femmes qui possédaient leur propre stupa. Sur la colline surplombant la ville, se trouvaient un autre palais et les ruines du monastère qui abritait le grand stupa de Kunala, le fils d’Asoka.

Sirsukh

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Taxila (Sirsukh) : mur d’enceinte

La troisième ville, Sirsukh, qui s’étend au nord-est des deux premières, date du IIe siècle après J.-C.

Sa construction est attribuée aux Kouchans, en raison de son plan rectangulaire et de la qualité de sa maçonnerie, dont elle fut la capitale régionale de 80 à 460 apr. J.-C. La cité était entourée d’une muraille de 5 km (hauteur 3 mètres, épaisseur 6 mètres) renforcée tous les trente mètres des bastions semi-circulaires ; murs et bastions sont percés de meurtrières. En dehors de l’enceinte, le site n’a pas encore été fouillé car ses ruines se trouvent dissimulées sous un cimetière musulman.

Temples et monastères

Les monastères et les stupa bouddhiques de Taxila témoignent de la vocation religieuse de la cité. Ils présentent toujours un plan semblable : une cour publique pour le stupa principal, les stupa votifs et les chapelles contenant les images ; séparées mais très voisines, une ou plusieurs cours privées bordées de cellules d’habitation pour les moines, avec puits et piscine, cuisine, salles de réunions et bibliothèque. Ces monastères sont couverts d’un décor de schiste ou de stuc, et les images qui représentent le personnage du Bouddha y sont des témoins précieux de l’art du nord-ouest de l’Inde, dit art du Gandhara.

Le Dharmarajika stupa

C’est le plus ancien des stupas ; il a peut-être été élevé par le roi Asoka lui-même, sur les cendres véritables du Bouddha historique. Le monument a connu des restaurations successives et remonte, sous sa forme actuelle, au IVe ou Ve siècle de notre ère.

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Taxila : vue aérienne du Dharmarajika

Le stupa proprement dit ne fait plus que 15 mètres de haut pour un diamètre de 45 mètres de large. Quatre escaliers, aux quatre points cardinaux, décorés de niches abritant jadis des statues de Bouddha et formés de piliers corinthiens, permettent d’accéder à un passage déambulatoire pavé faisant le tour du monument. Le cœur du stupa a été construit en moellons de taille irrégulière maintenu ensemble par seize murs rayonnants depuis le centre. Le dôme, recouvert de stuc et doré, était surmonté d’une hampe d’au moins sept disques et d’une flèche.

Autour du stupa principal se trouvent une série de stupas votifs érigés entre le Ier siècle avant J.-C. et le IVe siècle après J.-C. A l’extérieur de l’ensemble principal, un stupa important est décoré de Bouddhas vêtus à la kouchane. Parmi les chapelles du nord se trouvent les pieds de deux effigies monumentales du Bouddha (15 mètres de haut), et au-delà, un vaste monastère, qui possédait un stupa dans chaque cour. Il fut détruit par les Sassanides puis reconstruit et à nouveau détruit par les Huns vers 455 apr. J.-C.

Le Jandial

Sa construction est copiée sur celle des temples grecs classiques. C’est un bâtiment périptère  , in antis et composé d’un pronaos, d’un naos   et d’un opisthodomos. Le porche d’entrée était encadré de deux colonnes à chapiteaux ioniques. Le décor intérieur du temple a disparu mais la tradition veut qu’il ait été entièrement décoré de plaques de bronze racontant les exploits d’Alexandre contre Porus. A la différence des monuments grecs, le temple de Jandial possédait probablement une tour, placée sur le bloc de l’opisthodomos.

Le monastère de Jaulian

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© Jean Savaton
Jaulian : décoration en stuc sur la base d’un stûpa

C’est le mieux conservé des monastères qui entourent le site de Taxila, il combine dans son plan des éléments grecs et indiens. Situé au sommet d’une colline, il fut construit au IIe siècle av. J.-C. puis restauré au Ve siècle apr. J.-C. pour être finalement saccagé par les Huns

Le complexe comprenait une première cour avec cinq stupas décorés de stucs (représentation du Bouddha, bodhisattvas, éléphants, lions et atlantes grecs). Le stupa principal faisait 20 mètres de haut et était entouré de 21 stupas votifs dont l’un contenait un reliquaire d’argile fine, peint en bleu et rouge, et décoré de pierres précieuses. A gauche de cet ensemble se trouvait un Bouddha de pierre au pouvoir thaumaturge. Du côté sud était alignée une rangée de Bouddhas colossaux érigés au Ve siècle apr. J.-C. Tous les murs du monastère étaient enduits et peints, et décorés de statues d’argile racontant la vie de Bouddha.



[1Strabon (XV,1,62) citant Aristobule.

[2Vie d’Appolonius de Tyane

 

Portfolio

Jaulian : base d'un stûpa (c) Jean Savaton Jaulian : décoration en stuc sur la base d'un stûpa (c) Jean Savaton Jaulian : décoration en stuc sur la base d'un stûpa (c) Jean Savaton Jaulian : décoration en stuc sur la base d'un stûpa (c) Jean Savaton Jaulian : décoration en stuc sur la base d'un stûpa (c) Jean Savaton Jaulian (c) Jean Savaton Sirkap (c) Jean Savaton Sirkap (c) Jean Savaton Sirkap (c) Jean Savaton Sirkap : temple de l'aigle à deux têtes (c) Jean Savaton Sirkap (c) Jean Savaton Sirkap (c) Jean Savaton


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Dernière mise à jour : 21 décembre 2014
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